Champion

On est un pays fantastique, qui exhibe ses gilets jaunes au monde entier, des gilets pare-balles qui protègent les manifestants « docteur ès retraites ». Mais l’essentiel nous livre une jeunesse abondante, et quelle jeunesse dynamique à l’excès ? D’accord, çà attaque des commissariats, çà brûle des mairies, çà vandalise des écoles… mais on a tous traversé une jeunesse euphorique et insouciante, et l’on a tous fait des conneries. Quand on substitue une balle ovale aux balles de calibre de 12 millimètres, alors la démonstration de force, de vitesse, de solidarité, d’offensives nous revigore par l’émergence de souvenirs de ces ancêtres au flair si inspiré, fidèle à cette vocation créatrice qui les portait naturellement à l’attaque des lignes adverses. Un immense bonheur se répand après avoir réactualisé une genèse, et l’expérience démontre quand vient le ravissement de goûter les prémices de la construction d’une équipe sportive, que l’anticipation doit conduire à favoriser la naissance d’un groupe, dont le plaisir obtenu par de nouvelles conquêtes le guidera avec énergie. À une époque troublée par des esprits moroses, ces êtres taciturnes se plaisent à contaminer leurs prochains et à les plonger dans le désespoir, et cette jeunesse énergique et innocente, qui ne manque pas de maturité malgré leurs jeunes années, perce cette épaisse brume grise afin que le soleil rayonne de mille étincelles qui illuminent les consciences. Ces individualités agrégées constituent une équipe qui domine le rugby mondial de la jeunesse, et nous éblouit d’une espérance qui dépasse outrageusement le cercle sportif.

Vive le rugby.

Les passionnés du ballon ovale encouragent l’équipe de France, en espérant le gain d’un titre, récompense justifiée et méritée pour l’ensemble du rugby et de tous ses acteurs à tous les niveaux qu’ils sont, qui contribuent à faire vivre ce magnifique sport.

Cette confrontation, ce match m’a inspiré une métaphore romantique, puisé dans le roman d’Émile Zola « l’Assommoir ». « Cette pauvre Gervaise, sans le sou, délaissée et maltraitée par ce pochard de Coupereau, le ventre vide, une boule dans le ventre, s’échappant à l’air libre pour oublier cette faim telle qu’on accompagnerait son enfant dans ces moments de sortie accordés. Elle se contentait d’exécuter la danse du ventre devant cette armoire vide de nourriture. ». Nos jeunes pousses irlandaises dans cette finale homérique démontrèrent leur attachement à un système de jeu basé sur une répétition de temps de jeu à l’infini, un programme où chacun apprend sa gamme et la récite de concert. Cette approche stratégique ne résulte pas d’une réflexion géniale, mais d’une mécanique huilée afin d’épuiser l’adversaire physiquement, qui assure la victoire en fin de partie. Le problème émerge, quand cette hypothèse qui valide la tactique basée exclusivement sur l’usure physique de l’opposant ne se vérifie pas. Comme nos bleuets le démontrèrent magnifiquement avec vaillance et courage, il en vient à développer un jeu qui se rapproche dans son esthétique de la danse classique, à se passer la balle de mains en mains, décomposé strictement dans un axe latéral, devant une frontière solidement établie par nos cadors tricolores. Ce ballet désorganisé montrait une équipe qui avait reculé de quelques mètres, et regroupait des maillots verts avachis, en position de tondre la pelouse, devant des bleuets debout et immobiles, grâce à l’intelligence et à la tactique de ne pas se consommer dans des mauls friables. L’exigence de la compétitivité oblige à définir un système de jeu, et la réflexion modeste étaye le prédicat d’une supériorité physique sur celle de ses adversaires. Si le concept théorique ne se vérifie pas, particulièrement dans les phases de coupe du monde, ou les préparations de chaque pays aboutissent à un nivellement des conditions physiques et athlétiques, alors l’équipe aliénée à un système chimérique sans prétention perd ses matchs par un écart de plus de 50 points que le tableau d’affichage ne manquera pas d’exhiber au grand jour. Le désagrément est amplifié, car l’humiliation subie par la domination infligée restera dans les mémoires très longtemps, et remettra en question le choix d’une organisation du jeu prédisposé à le borner de limites intentionnelles.

— La date de la rédaction de cet article précède l’événement catastrophique rugbystique qui a surgi et anéanti tous les espoirs : une explosion cosmique, une trahison, une débâcle, une faute professionnelle, une remise en cause, une accusation légitime, un attentat psychologique, un manquement au respect de l’accord moral, une désillusion, un divorce judiciaire, un constat d’échec, une excitation inassouvie, une insatisfaction éternelle. Et dans le déroulement de cette tragédie, le douloureux sentiment d’avoir joué le rôle de l’idiot. —salut, les cons, on vous abandonne cette planète pourrie ! ».