
Robert est une des premières victimes du départ à la retraite à 64 ans. Se préparant à quitter son entreprise à 62 ans, à l’aune du temps consacré au travail, cette nouvelle mesure a asséné un coup de massue sur son crâne couvert d’une coiffe grisonnante, et l’a plongé d’emblée vers une profonde dépression. Classé dans la catégorie des effectifs désignée sous le terme peu flatteur : « ALD : Absence pour Longue Durée ». Il nous raconte ce périple de la mise à mort professionnelle, il explique que les médecins nomment cette récente pathologie par le syndrome de « La retraite tardive », par comparaison avec « Les vendanges tardives », réalisées quand les grappes de raisin sont coupées en état de pourriture avancée, produisant un liquide fortement sucré au taux d’alcool élevé. Cette métaphore viticole rapportée à l’être humain signifie que la retraite à 64 ans coupe le salarié du monde socioprofessionnel quand celui ci entame une dégénérescence de son corps, et l’entraîne vers une fin de carrière triste. Le bonheur rayonne quand vient l’instant où le valeureux salarié rompt ce contrat de travail qui lui imposait une subordination continue ; mais l’espérance de respirer l’air de la liberté sereinement installé dans une nouvelle vie, alors l’état physique calamiteux révélera la chimère de cet espoir.
La rédaction du « Retraité libre » a choisi d’envoyer sur les lieux de l’entretien, Arnold de la bétonnière, ce journaliste talentueux et arrogant descend d’une famille d’aristocrates attachée à la franc-maçonnerie depuis plusieurs générations. Une éducation stricte lui accorde une insensibilité notoire, jugée telle une qualité afin d’exclure toute émotion, en écoutant le récit touchant de Robert.
RTL – Robert, vous avez 62 ans et vous vous préparez à faire valoir vos droits à la retraite, vous vous occupez avec ardeur à hâter les préparatifs du départ pour fêter cet heureux événement, et vous découvrez cette nouvelle mesure légale qui instaure le départ à la retraite à 64 ans. Comment réagissez-vous ?
Robert – Ce fut terrible ; je me suis dit : « Allez Roro, tu approches de la ligne d’arrivée, encore 2 années à tenir. ». Je suis revenu dans ma société, après 2 semaines d’arrêt maladie. J’étais seul à la machine à café, une marée de tristesse déferlait dans mon crâne et extériorisait une mine déconfite. J'écoutais des jeunes recrues débiter lamentablement en me dévisageant ironiquement : « Quel malheur de conserver ces épaves jusqu’à 64 ans, alors que les jeunes se retrouvent au chômage ! ». Ces salariés n’avaient aucune retenue pour saisir l’expression dépitée de ce visage marqué par les traits affaissés qu’une vie consacrée au travail avait esquissés. Ils se laissaient glisser dans la composition d’une parodie satirique rythmée par des propos accablants et moqueurs. Ces infamies récitées avec mépris m’ont décontenancé, j’ai senti des bourdonnements au niveau des jambes, ma vue se troublait, je n’arrivais plus à distinguer les visages autour de moi, et j’écoutais la fréquence des battements de mon cœur devenir irrégulière. Je me suis évanoui et je me suis effondré sur le sol comme une feuille morte tombe d’une vieille branche d’un arbre à la saison automnale.
RTL – Vous avez reçu des soins. Cet aléa de santé a-t-il eu des conséquences ?
Robert – L’arrêt de maladie a duré 2 ans, et l’on m’a classé au sein des effectifs : ALD (absence longue durée), ce qui coupe le lien entre le salarié et son entreprise ; je n’ai reçu aucun appel du service inhumain des ressources humaines.

- Des souris m’encombraient les oreilles, et la nuit je dormais avec des plaques de fromage que je plaçais de chaque côté de la taie d’oreiller, afin que l’odeur de cette nourriture allèche leurs museaux et les convainque de sortir. Cette précaution se révélait une peine inutile, car ce fromage ne leur convenait pas, et le matin je ne m’éveillais pas par l’effet sonore du réveil, mais par un grouillement insupportable. Je tapais sur le haut de ma tête de manière à les tuer, car j’avais l’impression qu’elles me grignotaient les tympans, et la crainte de ne plus entendre me tourmentait. Cette attitude gestuelle répétitive surprenait les gens que je croisais dans la rue et une personne avisée m’a conseillé de consulter un psychiatre.
- Après avoir rejoint le cabinet, le spécialiste a tenu à expliquer l’objectif de la tarification de la consultation, qui vise à couper le lien affectif entre le malade et le médecin. Et de bien considérer que la nature de l’entretien se réserve à apporter une solution médicale à une pathologie, et non d’espérer que l’on vient pour rencontrer un confident. Le statut « hors convention » agissait dans un sens identique, par la pratique d’un prix élevé de la consultation, de souligner l’absence d’une relation humaine amicale empreinte de pitié et de commisération. La froideur de l’attitude et l’insensibilité dévoilée communiquent que le spécialiste se convertit à l’analyse exclusive. Il m’a rassuré concernant la méthode de paiement, et il m’expliquait que je pouvais régler l’addition en 3 fois. Sachant que les modalités de paiement prévoyaient un 1er versement d’une somme évaluée à 90 % afin de converger à la facilité pour les 2 derniers versements. Cet ajustement financier était lié également à ma situation psychologique caractérisée par la démence, qui aiguisait l’imagination délirante de supposer qu’un lion en liberté traîne dans les parages, que l’odeur animale l’attire, et qu’il dévore mes oreilles afin de se nourrir des soi-disant bestioles que j’hébergeai généreusement. De ce drame, il se consolerait de ne perdre que 10 % de la recette totale envisagée.
- Je reposai sur le divan, le spécialiste impassible a écouté le récit de cette tragédie sonore, insupportable à entendre ce grignotement incongru, il me posa la question : — Quelles couleurs revêtent ces souris : rouge ou verte ? J’ai eu l’impression qu’il ne croyait pas à mes plaintes et à ma souffrance, décontenancé par cette perspicacité, j’avouais timidement que je ne les avais jamais vues. Il me répondit : — Vous allez rejoindre un endroit, ou d’autres énergumènes comme vous sont soumis à cet état similaire d’envahissement animal, et ressentent la présence de souris dans leurs oreilles. Vous aurez le sentiment de vivre normalement, entouré de gens anormaux. Cette information me rassurait, je jubilais en apprenant que je n’étais pas le seul à être indisposé par cette animalité intériorisée et je me réjouissais de rejoindre une communauté soudée par une préoccupation quotidienne similaire. Je posai la question : — Comment se nomme cet établissement ? Il me répondit froidement : — Un asile psychiatrique. Je rétorquai : — Mais je ne me crois pas fou. Il dit sur un ton agressif : — Moi aussi, je ne me crois pas fou, à la différence que je n’héberge pas des souris dans la « caboche ». Vous affichez un regard de psychopathe et un sourire inquiétant, et ma responsabilité professionnelle me conforte dans l’idée que vous devez être enfermé immédiatement. Aujourd’hui, vous hébergez des souris dans le crâne, mais le doute s’installe pour que demain, vous logiez des éléphants dans le « citron » ou tout le zoo de La Palmyre dans la « citrouille », qui féconderait l’idée géniale d’organiser des visites, le public entrant par l’oreille droite et sortant par l’oreille gauche.
- Un miracle se produisit, c’est que je n’entendais plus le bruit sourd de ces petits mammifères et j’avais l’impression qu’ils avaient fui de cette minuscule caverne. Je pense que c’était des souris indépendantes et qu’écoutant le message du médecin qui les invitait à cohabiter avec des congénères, ce mode de vie collective ne leur convenait pas et qu’elles se sont échappées.

- J’entre dans la salle de bains, j’appuie sur l’interrupteur, la lumière apparaît dans la pièce, je constate la présence d’une personne, et cette intrusion incommodante dépassait l’entendement. J’appelle le commissariat de police immédiatement, le suppliant de venir chasser cet intrus qui a l’impudeur de me ressembler, surpris par une passivité inadaptée à la situation décrite, le préposé aux plaintes m’oriente vers un service spécialisé. Une personne m’informe que je suis victime d’une « névrose tardive », survenue à la suite d’un choc émotionnel qui entraîne la perte de connaissance de la fonction des objets. En fait, je croyais discerner une présence humaine qui matérialisait l’effet produit par le miroir qui sert à réfléchir la lumière et reflétait l’image de ma personne, et…
RTL – Très bien Robert, on connaît la définition d’un miroir…
Robert – J’ouvre la porte de mon réfrigérateur et la lumière intérieure brille, mais après avoir refermé la porte, comment je peux m’assurer que la lumière est éteinte ?

- Je n’arrivais plus à dormir, car j'imaginais que cette lumière était toujours allumée, entraînant une dépense de consommation électrique inutile. En prenant l’exemple des lave-linges, j’ai installé un hublot sur la porte du réfrigérateur, qui génère les conditions pour me permettre d’observer l’extinction de l’éclairage, me rassure moralement et me permet de retrouver un sommeil normal. Une conséquence insidieuse se produisit, car la visualisation de ce hublot spécifique m’influençait négativement et m’incitait à mettre le linge sale au réfrigérateur. Ensuite, lorsque j’ouvrais le hublot du lave-linge, je ne comprenais pas pourquoi l’éclairage ne s’allumait pas…
- Le doute s’installe et suggère que cette ampoule demeure allumée constamment. Rien n’interdit que l’on apprenne un jour futur, un arrangement de grande ampleur, entre les fabricants de réfrigérateurs et le fournisseur national d’énergie électrique. L’objectif de pourvoir à des intérêts financiers communs peut inférer l’entente d’un partenariat insidieux. Le calcul déborde de simplicité, si nous prenons l’exemple d’une ampoule de puissance incluse entre 15 watts et 40 watts selon la taille de l’équipement, et nous choisirons la valeur moyenne approximative de 20 watts pour la suite de la démonstration. Nous déduisons de cette hypothèse que le calcul montre une consommation de 20 watts durant une heure qui est désignée sous le terme de 20 wh. Le calcul initial basé sur une journée, nous établirons le postulat suivant qui néglige le temps d’ouverture de la porte justifiée par le besoin alimentaire, qui représente une durée négligeable sur un temps total de 24 heures.
On sort la règle à calcul et l’on développe la série de calculs suivants :
Estimation du coût pour un éclairage constant de la partie intérieure des réfrigérateurs durant 1 an
| un jour de 24 heures | 1 an | 20 millions de frigidaires | |
|---|---|---|---|
| Consommation | 20 wh x 24 heures = 480 wjour |
480 wjour x 365 jours = 175 200 wan, soit 175,2 kwan |
175,2 kwan x 20 millions = 3 504 000 méga wan |
| coût (€) (0,15 € du kwh) |
0,480 x 0,15 = 0,072 | 175,2 x 0,15 = 262,8 | 262,8 x 20 millions = 5 milliards |
| Total | Pour un foyer : 262,8 € / Pour la nation : 5 milliards € |
Sur une population de 68 millions d’habitants, si l’on estime que 20 millions de personnes ont acheté un Frigidaire, le montant de la facture totale atteint 5 milliards €. Une rétribution pour services rendus accordée aux fabricants de frigidaires de 10 % par exemple leur attribue la modique somme de 500 millions €. Le coût industriel se révèle négligeable, pour installer un dispositif visuel de commande de l’allumage. Cette innovation se révèle appréciable, d’autant que l’économie de l’installation d’un véritable interrupteur réduit le PRI (Prix de Revient Industriel) et par conséquent garantit la marge et les bénéfices.
À l’attention instruite de la démonstration décrite ci-dessus, on ne peut dire que « Roro » raconte des bêtises, car je pense que les dirigeants qui pilotent les entreprises ont l’air beaucoup plus intelligents. Ils cultivent un esprit calculateur plus entreprenant stratégiquement, et ils succombent au désir de la cupidité amené à s’instrumentaliser sans aucune commune mesure, quand celle-ci se détermine par l’allèchement du gain, bien que l’argent n’ait pas d’odeur.
L’innovation se révélerait opportune en modifiant la conception de ce type d’électroménager, et y incruste un hublot hermétique afin d’apporter une clarté sur le fonctionnement réel de ces produits. Les machines à laver sont équipées d’un hublot, donc la technique est maîtrisée, et ne peut revendiquer être un argument à refuser une telle modification de conception. Et qu’on ne me raconte pas de bobards et qu’on ne me rétorque pas qu’en ouvrant la porte du « frigo » et en actionnant l'interrupteur poussoir de commande de l’allumage intérieur, je puisse vérifier le fonctionnement correct de l’extinction de l’éclairage. Ce contrôle ne change rien à la problématique initiale posée, que la porte fermée, c’est le mystère qui engendre l’inquiétude.
Ne serait-il pas profitable de poser un interrupteur à l’intérieur, de telle façon qu'on ait la certitude quant à l’extinction de l’éclairage, et de pouvoir fermer la porte du « frigo » l’esprit reposé ? Quand je vais dans ma chambre, j’appuie sur un interrupteur pour que la lumière inonde la pièce. L’électricien n’a pas installé un interrupteur poussoir qui serait actionné par l’ouverture et la fermeture de la porte, de telle manière qu’elle commande l’éclairage. Cette solution ne pourrait-elle être appliquée pour les réfrigérateurs, et les équiper d’un interrupteur intérieur, doté de la fonction identique d’asservissement de l’éclairage ?
Quand on ferme doucement la porte, on observe bien que la lumière disparaît, mais la morte fermée, le doute s’installe et inquiète que l'interrupteur poussoir positionné en butée ne ferme pas le contact électrique, et réactive l’éclairage. Je réfute toute abjection qui tendrait à me prendre pour un « neuneus ». En tout cas, ce n’est pas parce que j’ai porté des cartons toute ma vie professionnelle que je n’ai pas un esprit éclairé. « Roro » ne va pas la mettre en veilleuse et dénoncer ce scandale du siècle qui dure depuis trop longtemps.
RTL – Si je m’exprime dans votre langage « Pépère », vous me sciez la truelle. Les frigos modernes sont équipés d’interrupteurs à lames souples (dénommé ILS). Selon la position de l’aimant intégré dans la porte du frigo, l’interrupteur, constitué de 2 contacts magnétiques, ouvre ou ferme.
Robert – Ecoute, « gamin ». « Do you know, what is MTBF (Mean Time Between Failure)? » C’est le temps moyen entre 2 dysfonctionnements. Est-ce que tu connais le MTBF du capteur électrique, sa durée de bon fonctionnement ? Non ! Eh bien, rien ne m’interdit de penser qu’après une année de bons et loyaux fonctionnements, ce dispositif rende l’âme et reste définitivement en position fermeture, et garantisse un éclairage du compartiment intérieur ad vitam aeternam. Ma démonstration ne supporte aucune contestation !
- Je comprends bien que ton éducation bourgeoise t’a formaté un esprit stérile et rigide, soumis à des cures cycliques de principes, qui t’interdisent d’admettre qu’un gueux peut produire des étincelles de lucidité amère.
RTL – Si le monde de la crotte se sent fier de sa production originale, et que Dieu rayonne sur le royaume de l’inconnaissable, vous en êtes son plus fidèle prophète.
Robert – Je ne comprends rien à ton charabia et je poursuis.
RTL – Robert, est-ce qu’on peut arrêter le sujet qui déroule la problématique de l’éclairage des réfrigérateurs ? Nos lecteurs comprendront très bien le problème évoqué qui vous perturbe et le mot paraît faible, et ils ne resteront pas crédules sur le fonds de vos interrogations.
Robert – Le lave-linge n’est pas équipé d’une lampe. Les fabricants ne peuvent-ils installer un système d’éclairage, qui faciliterait la mise en place du linge sale ? Cette luminosité permettrait de disposer le linge selon un ordre prescrit par le degré de salissure : linge sale placé en haut et celui très sale en bas. Selon le principe hydraulique requis que l’eau se déverse dans le compartiment de lavage de bas en haut, ce mode de remplissage permet à celui situé en bas qu'il bénéficie d’un temps supérieur d'immersion, et entretient la déduction logique, que cet avantage soit appliqué au lavage. Quant aux érudits modernes, grands maîtres-prédicateurs des réseaux sociaux numériques, qui me reprochent ma naïveté en rapport des risques électriques inévitables, je leur répondais par les arguments exempts de frivolité. L’observation des plongeurs, équipés de montres attelées à leurs poignets, qui disparaissent dans l’écume qui ruisselle en surface et couvre la mer, prouve que la technique de l’étanchéité est maîtrisée depuis des années. Ce constat affligeant démontre que nous vivons dans un monde orienté vers le néant, guidé par l’irrationalité qui se décline sans commune mesure et j’ajouterai…
RTL – Très bien Robert, nos lecteurs comprendront votre vision éclairée, mais pessimiste des perceptions contrariées des éléments que vous croisez.
Robert – J’entre dans le garage, j’appuie sur l’interrupteur, la lumière apparaît dans la pièce, et je constate la présence d’un cercueil, et cette intrusion incommodante dépassait l’entendement.

- J’appelle « Funèbre minute », imaginant une erreur de livraison, qui rejette toute responsabilité pour cette livraison disparate. Je contacte la société « 3615 décès », qui confirme la responsabilité de cet envoi, à la suite d’une recommandation de la caisse de retraite qui me signale à l’état « mort ». Je réplique d’un ton abrupt que je demeurais bel et bien vivant et je comptais le rester longtemps. Le croque-mort consulta mes données personnelles afin de constater la divergence entre l’état numérique et l’état réel, et me proposa une modification de cette donnée personnelle, que j’acceptais immédiatement. L’agent funéraire envoya la requête appropriée et me répondit que l’IA avait rejeté la demande en formulant le message suivant : « Ne me prenez pas pour un imbécile, Robert est mort, et un mort ne peut soutenir une initiative hardie. Soit, l’intervenant est un imposteur et les services de police doivent être prévenus afin d’appréhender le fautif. Soit, Robert a l'air vivant, mais suivant le principe de ne pas utiliser des expédients afin de normaliser la situation, en considérant que la virtualité numérique ne peut se résoudre à être mise en cause, Robert devient une anomalie sociale. Cette irrégularité manifeste exige de faire appel au SRACID (Service de Régulation Appliquée à la Cohérence des Informations du Data), afin d’envoyer un régulateur pour éliminer Robert. ». J’intervins avec le peu d’énergie que mon corps possédait, en sollicitant une médiation et condamnant sévèrement cette manière abominable de me proscrire de la société. Et l’on me répondit qu’un régulateur était chargé d’exécuter cette mission et se dirigeait actuellement vers mon domicile…
RTL– Malgré cette conjoncture défavorable, vous avez pu faire valoir vos droits à la retraite à 64 ans.
Robert – J’ai dû me faire assister pour satisfaire aux démarches administratives. Je suis revenu dans l’entreprise pour mettre fin à ce contrat de travail. Je découvrais le visage hagard de mes anciens collègues de travail, ne pouvant dissimuler leurs apitoiements face à cette déchéance humaine que j’étais devenu, et certains collaborateurs sensibles se trouvaient à la limite de verser des larmes. C’étaient des doubles pleurs sous contrôle par pudeur, par le constat affligeant de ma décrépitude physique et par la réalité future qu’ils devraient subir. La tristesse de la séparation accrue par mon état de fatigue intense, ne me permettant pas d’organiser un pot de l’amitié, habillait ce moment d’une enveloppe funéraire. Quand on vit sa folle jeunesse, l’innocence peut conduire à enterrer sa vie de garçon, mais dans mon cas j’enterrai ma vie de travailleur sans jeu de mots.
RTL – Malgré ces contrariétés corrosives, êtes-vous parti à la retraite avec des conditions honorables ?
Robert – C’est légitimement que j’espérais quitter l’entreprise dans la dignité, car j’avais commencé à travailler depuis l’âge de 16 ans. Mais le calcul du montant de la retraite montrait qu’il manquait des trimestres cotisés, correspondant à la période des 2 années d’arrêt de maladie à la suite de mon état dépressif. La caisse de retraite renvoyait la responsabilité à mon entreprise, que je ne pouvais contacter physiquement, étant donné que je n’appartenais plus aux effectifs présents et que j’avais rendu mon badge, qui m’interdisait tout accès au site de ma société. Quant aux multiples messages adressés au service inhumain des ressources humaines, un retour positif relevait de la chimère. Je n’oserai absoudre ces responsables fautifs, au regret de constater que les salariés deviennent des proies de ces affidés.

RTL – Robert, je vous remercie pour le temps accordé à cet entretien et je vous souhaite bonne chance pour la suite.
Robert – Merci. Mon médecin m'a informé que les souffrances ne devraient pas s'éterniser.