
Le sujet de la sécurité est abordé avec parcimonie, nous poursuivrons dans cette voie obligée, et nous nous attarderons sur l’usage du téléphone portable en conduisant, une pratique répandue de manière régulière, intensive et abusive dans les agglomérations. Cet usage chronique représente une cause d’accidents, condamnable par le fait que cette pratique irresponsable fragilise le déplacement en deux-roues. Les motards circulent fréquemment entre les files de voitures, ils sont confrontés à des louvoiements de quatre roues provoqués par des chauffeurs trop préoccupés par les échanges téléphoniques. Du fait que le cerveau fonctionne dans un mode monotâche, infère que les fautifs ne sont plus concentrés, et ne portent plus d’attention momentanée à leurs conduites. L’espace routier présente une dangerosité sociale et devient un couloir de la mort, que les motards empruntent en se faufilant habilement pour rester vivants.
Abordons ce sujet lié à la sécurité, corroboré par un court récit qui décrit une fiction peu éloignée de la réalité, et procurez une respiration littéraire au narrataire, peut-être ennuyé par un thème aussi sérieux.
Pierre se trouve sur le chemin du retour, et une brume claire filtre les derniers rais du soleil qui annonce l’arrivée des longues soirées d’hiver. Le véhicule fend une écume grise épaisse qui rend la conduite incertaine, il redouble de concentration, mais un signal sonore retentit dans l’habitacle. Il est projeté dans un conflit avec sa conscience, avide de conseils de prudence, mais l’instinct prémonitoire du péril annoncé lui fait saisir le téléphone. C’est Maggy, son épouse, la correspondante qui composera une diatribe incisive adressée à Pierre ! Le choc émotionnel reçu le transportera à la barre d’une goélette, en direction de l’Antarctique à la recherche d’un banc de phoques. Le tangage et le roulis infernaux du bateau produiront une agitation convulsive et amplifieront son trouble affectif. Désespéré, il abandonnera la roue à son destin contrarié et il se précipitera vers la lisse de la poupe pour rendre une écume grisâtre à la mer verdâtre.
La généralisation s’accorde à raconter cette mésaventure qui peut arriver à tout conductrice ou conducteur, adepte de la pratique du téléphone au volant.

« Imaginez que le malheur vous choisisse pour vous apprendre que votre chère épouse vous quitte, la femme que vous avez chérie dans une vie commune exemplaire depuis de nombreuses années. Mais vous avez manqué de perspicacité afin de saisir, deviner, dénicher un ennui et une désaffection chronique, dissimulée à travers des gestes convenus de tendresse et d’amour. Vous avez tant consenti de sacrifices financiers, pour qu’elle jouisse du plaisir de conduire un cabriolet, dont elle rêvait et raffolait depuis trop longtemps. Vous vous êtes sacrifié, car vous vous priviez du bonheur d’assister au spectacle sportif programmé le week-end. Cet acte généreux témoignait d’une profonde affection et était octroyé au détriment du renouvellement de votre abonnement au club de football prestigieux de la capitale. Vous aurez le cœur déchiré par la douleur d’abandonner l’occasion de s’adonner au rituel du salut, qui tendait le bras droit en oblique en direction du Tout-Puissant. Ce geste symbolique le remerciait d’avoir bien voulu envoyer son meilleur joueur providentiel, intégré votre équipe favorite, venir sauver et réjouir ces pauvres âmes en peine de supporters en péril. Vous aviez le souci constant de ne pas ignorer ses désirs, et la satisfaire en espérant le retour d’une marque affective, qui ne pourrait s’effacer au fil du temps par la reconnaissance que ces offrandes méritaient. Vous devenez stupéfait et attentif au moindre murmure abrupt, l’oreille collée à l’écouteur de votre téléphone mobile, maintenu par une main et l’autre accrochée au volant pour guider un véhicule dont la conduite devient instable.

Cette bien aimée, elle va vous crier la fin programmée de cette union fédératrice de grandes illusions. Qu’elle ne souhaitait plus continuer à gâcher sa vie avec un bouffon, incapable de lui procurer du bonheur et de l’épanouissement, prônant en référence les éléments du contrat de mariage ! Vous pourriez répondre que vous comprenez que l’effet du temps atténue les attraits du visage, à regretter une éclatante beauté, par provocation, indélicatesse et grossièreté. Vous ne négligeriez pas de mentionner l’observation regrettable du dimensionnement déconsidéré d’un corps à la suite du relâchement de son entretien, à refléter une allure sans raffinement. Vous concluriez pour préciser que vous concevez que des critères d’esthétisme ne sont pas explicitement inscrits, mais les effets du temps amoindrissent le respect à ce lien contractuel. Vous regretterez amèrement le passé oublié quand l’étincelle de feu animait l’âme pour la transposer dans celle de la personne désirée. Vous détesterez le présent dolent, quand vint le temps de subir les frais de cette flamme en cours d’extinction, réanimée par le désir de nouvelles conquêtes.
Quand celle-ci vous annoncera qu’elle vous quitte pour s’accoupler avec votre meilleur ami, cette rupture abrupte anéantira une relation de confiance établie depuis une trentaine d’années. Qu’elle est dans l’obligation d’interrompre cette communication, car l’agent immobilier frappe à la porte pour négocier la mise en vente de la maison, précaution prise par anticipation sur les conclusions prononcées par le jugement du divorce ! Le tribunal de grande instance a enregistré cette demande, afin d’accélérer une séparation salvatrice, et que la précipitation des événements rend inutile d’écouter des boniments sans intérêt, qui ne feraient qu’attiser le sentiment de dégoût que vous lui inspirez.

Monsieur, lorsque vous aurez écouté cet appel de détresse sentimentale, le téléphone dans une main et l’autre qui saisit le volant, frappé par ce choc émotionnel consécutif à des invectives sévères reçues, vous transformera en victime. Oui, vous vous souviendrez de ces vacances passées avec ce couple qui témoignait d’une amitié sincère, une pensée agitera votre esprit qui fera défiler les images de ces regards attentifs et furtifs. Vous n’oublierez pas ces attentions chaleureuses échangées entre votre épouse (“future ex”) et votre meilleur ami (“futur ex”), cette complicité nauséabonde et égayée par des sourires discrets. Ces attentions réciproques semblaient efficaces pour nourrir des sentiments mutuels, et ne pouvaient détourner la vérité d’une relation complice, qui cultivait le développement d’une racine, et faire éclore le germe de la trahison. Le futur contingent pourrait décider que l’extrémité de votre bras chargé de la maîtrise du dispositif qui assure la direction de votre voiture devienne une main criminelle qui pilote un convoi de la mort. L’émotion soutenue et probable déclencherait l’excitation qui vous agite, et produise un mauvais réflexe, qui commandera au véhicule en perdition de s’écarter de sa voie

Ce louvoiement inconsidéré et furtif expédiera un motard vers une fin de vie prématurée, dont la présence physique à cet endroit-là au mauvais moment représentera son seul tort incommensurable. Le nom de cet innocent sera à inscrire dans la trop longue liste des disparus du réseau routier francilien. Votre statut douloureux initial de martyr évoluera par la furie qui vous a envahi, car à votre tour, vous deviendrez un bourreau en perpétuant un choc de nature matérielle et physique. Votre malheur si présent se verra greffer d’une autre contrariété, en héritant du statut peu enviable d’être accusé d’homicide involontaire, selon le rapport de l’étude et l’analyse de cet accident mortel par l’institution juridique. Et qu’il serait agréable et paisible de conduire son véhicule en positionnant les deux mains sur le volant, sans que celles-ci se destinent à une autre tâche que celle qui s’impose dans ces circonstances. Favorisant l’espace social réservé à la mobilité des personnes, pour qu’il ne se ternisse pas d’une substance liquide rougeâtre. Un signe de malédiction enrobé de tristesse, de regret, de remords et de mélancolie tisse un voile de couleur noire qui enveloppe la conscience nourrie par un sentiment d’injustice. »