
Écœurés et frustrés par tant de déconvenues ; ces meneurs incertains devaient entourer leurs amères décisions de générer l’espoir aux citoyens, de vivre dans une société plus juste et plus équilibrée dans la répartition de ses richesses, pour compenser l’âpre désillusion du pénible partage de ses dettes. Il ne resterait plus que pour abandonner l’embarcation du désespoir guidée par un commandant de bord dont la compétence devient suspecte, auquel on suspend son âme à la fébrilité de décisions hasardeuses depuis trop longtemps et qui condamne ses mousses à échouer vers une destination incertaine, de caresser l’espoir de gagner au jeu du million. Si la chance vous accorde la faveur de devenir millionnaire, vous devrez solliciter à nouveau le destin, pour qu’il vous offre une petite place dans l’espace réservé aux bagages du vaisseau spatial de l’astronaute en herbe : « monsieur Trucmuche », et ses amis milliardaires. Le terrien se désole face à un avenir stérile, il sombre dans l’ennui qui croît sans cesse et impose son émergence continuelle, et le martyre de l’apocalypse en marche se lamente, qu’il ne peut plus rien perdre. Les oiseaux ne chantent plus, les icebergs fondent et établissent le règne des inondations, les terres asséchées par une canicule figée dans l’espace, le crime devenu monnaie courante, les riches de plus en plus riches, les pauvres restent parmi les pauvres, et les citoyens souscrivent des emprunts pour payer leurs impôts. Le départ à la retraite dès l’âge de soixante-huit ans envisage une fin de vie professionnelle chimérique, l’espérance de vie en bonne santé a chuté à soixante-cinq ans, consent l’amer droit de pouvoir mourir au travail. Consacrer cent soixante-douze trimestres de sa vie au monde du travail, c’est peu pour un vivant. Mais il sera démêlé dans la suite des ans que c’est fort grand pour un mort. La végétation étouffe, et les vaches éliminées par un despotisme végétarien ne la broutent plus, et elle ne bénéficie pas de conditions favorables pour se régénérer. Il ne reste plus qu’à se précipiter dans ce catafalque de la modernité qui exhibe fièrement l’épigraphe provocante à illuminer les esprits endormis : « salut, les cons, on vous abandonne cette planète pourrie ! ».