Trucmuche

Motivées par un besoin de financement, des personnes avisées ont entrevu le filon en créant des EPHAD (Établissement pour Personnes Habilitées À Disparaître), qui promettent un RIR (Retour sur Investissement Rapide), en y plaçant gaiement ses vieux. Un recrutement hâtif de bouchers s’intensifia, ils se retrouvaient sans emploi, après que le destin ait frappé à leur porte pour dévaliser leurs magasins, victimes d’attaques répétitives proférées par des vagues de véganes ; ces individus sont convertis au végétalisme intégral, et entraînés à la destruction massive et crucifiant toutes leurs officines. En effet, ces malheureux, toujours attirés par le contact avec la chair de préférence animale, se reconvertissaient logiquement en tant qu’infirmiers, car cette profession ne suscitait plus de vocations. L’épithète décorait ces avant-dernières demeures : « ici, pas de souffrance et de maltraitance, on ne laisse pas le temps ! ». Le personnel d’assistance recyclé, maître dans la découpe, agit avec rapidité et dextérité à tel point que le mutilé ne ressent aucune douleur, ces experts employés à la disparition humanitaire maîtrisent la cuisson à point pour écourter les souffrances. Les cendres consolidées dans une boîte hermétique de couleur noire, étiquetée par une piste magnétique qui désignait le code génétique du disparu, il ne reste plus qu’aux descendants de récupérer le coffret mortuaire. Ensuite, ce colis funéraire se place dans les mains du fonctionnaire de l’état affecté au cabinet notarial situé à proximité, établi avec rapidité et avec éclat grâce à la monnaie trébuchante d’un fonds de pension américain, l’urgence de besoin matériel et financier ne pouvait souffrir de tout retard. Le préposé légal chargé de la redistribution des biens du disparu, après lecture de la piste magnétique de l’offrande consentie, transfère ces informations vers une gigantesque base de données administrée par : « Amazou immobilier ». Ce bienfaiteur était institutionnalisé sur la planète, et en retour envoie un questionnaire pour récolter les informations qui décrivent le bien immobilier, soit plus de mille réponses à formuler afin d’alimenter le système universel connu : « big data », dont ses algorithmes éprouvés et pertinents vont procéder à de nombreux calculs pour délivrer une estimation du prix du bien immobilier. La filiale « Amazou assistance à l’héritage » peut réaliser cette tâche rébarbative et fastidieuse, à condition qu’elle perçoive une commission calculée en pourcentage de la vente du bien. Cette prérogative financière sensibilise les héritiers que leurs intérêts se rendent communs et que les réponses sont orientées de manière à déterminer un prix de vente avantageux, grâce à la connaissance qu’ils ont du fonctionnement des algorithmes, qui traitent les données qui leur sont fournies. Les héritiers seront surpris en consultant le site dédié aux annonces immobilières que le prix affiché du fruit de leurs héritages s’avère bien inférieur à celui communiqué au début. Ils devront adresser une requête à « Amazou recours », société délocalisée en « Javanie », qui impose les recours en langue « javanaise », et oblige à faire appel au seul traducteur de cette langue locale, dont le coût prohibitif du service proposé décourage tout client de poursuivre cette démarche. Nullement décontenancée par les obstacles à franchir, la famille impatiente de faire fructifier son patrimoine exigera des éclaircissements afin de connaître, ce qui justifie une différence vénale non négligeable, et annihiler la suspicion d’une malversation, la famille démontrant traditionnellement qu’elle n’était pas disposée à développer l’apologie de la candeur. La réponse informera ces heureux bénéficiaires que l’écart se justifiait par l’énoncé de l’article 2735, inscrit dans les annexes du document intitulé « CGV » (Conditions Générales de Vente) qu’ils avaient reçu et s’appliquant à ce type de transaction.