Dégustation

La fiction suivante est à considérer comme un témoignage d’amour, à bien ressentir pour des personnages hauts en couleur qui pourraient se sentir concernés, et à émettre un jugement sévère envers l’auteur qui en serait très affecté. Tom avait souri en regardant une émission télévisée, le thème s’organisait pour commenter l’actualité culturelle, l’invité du jour incarnait un personnage connu pour son penchant politique à gauche, doué d’une verve inépuisable. Celui-ci racontait sa passion pour le vin, tel un œnologue averti, il amusa fort les chroniqueurs de cette équipe, en relatant les élans de son âme, causés par le fait de mâchouiller ce précieux liquide alcoolisé. Le vin ballotté par un mouvement continu des mâchoires libérait des vapeurs internes qui tissaient un voile d’une extrême légèreté, et encerclait son esprit enveloppé dans un parfum de béatitude et aspiré vers un envol céleste. Cette sanctification du vin ouvrait le chemin vers le plaisir solitaire. L’effet du temps oblige à adapter l’accomplissement de l’état affectif personnel agréable, et nul ne peut échapper à cette conséquence infaillible. Cette approche met en exergue la pratique de la dégustation qui exclue tout profane, et saupoudrée de snobisme, elle repousse celui qui s'avoue impuissant à déterminer les essences de framboise, de mûre ou d’autres substances végétales, qui composent le cru en cours d’auscultation. Pour le commun des mortels, si le vin mérite une attention en regard du travail de vinification appliqué avec soin, il reste que par ses qualités, il permet de partager d’agréables moments avec des amis en toute simplicité. On pense à ces pauvres bougres qui dégustent un verre de vin, regroupés entre amis afin de satisfaire l’objectif noble et amical du vin qui glorifie le partage, bien avant l’analyse objective qui éclaire sur la qualité du liquide. Se goinfrer de tranches de jambon et de rondelles de saucisson, comme des miséreux faméliques qui pourraient y montrer une frénésie identique. L'insolent avalerait cette alimentation nourrissante, accompagnée de cornichons, le plissement des lèvres laisserait dégouliner une écume rougeâtre, et il s’aventurerait à baver sur un verdict odieux que cette vinasse à un goût salé, qui révélerait une attitude infâme. Ce comportement déshonorant synthétise l’ignominie adressée à la grande confrérie des dégustateurs de talents, confortés au rituel matérialisé par le geste de classe, destiné à recracher une substance qui ravirait d’autres gosiers peu sensibles et peu habitués à de telles extravagances. L’invité continuait à vanter l’émerveillement de ce mode de transport spirituel, certainement réjoui de l’attention suscitée par un talent oratoire sans égal, exprima qu’il possédait plus de deux mille bouteilles dans sa cave.

Femme troublée

Cette confidence impromptue troublait l’animatrice de l’émission, sûrement peu sensible à la rhétorique exposée. Elle avait l'habitude de commettre des maladresses oratoires, et jugeait aussi que cette attitude n'épousait pas la tradition de l’idéologie de gauche d’agir dans la démesure, demanda quelle raison justifiait de conserver autant de bouteilles !

Homme troublé

L’auditoire éphémère ressentit l’œnologue averti un brin décontenancé, par une question presque désobligeante, après avoir vanté tous les mérites et les principes de la dégustation noble. L’insolence de cette blonde surprit le spécialiste du vin de qualité supérieure, et cette bravade le contraignait à faire un travail sur lui‑même, pour ne pas rétorquer à cette ancienne pigiste que le choix de sa désignation pour prendre la place vacante laissée par la précédente animatrice promue à la présentation d’un journal télévisé, résultait de la faiblesse de son salaire, qui permettait de faire une économie de salaire. Cette décision ne relevait pas de sa compétence dont on pouvait douter, comme pouvait en témoigner cette balourdise infâme, désobligeante et irrespectueuse. Pour ces dégustateurs au palais d’un raffinement extrême, l’objectif ne vise pas à s’enivrer, mais l’occasion de partager une découverte culturelle, il trouva à répondre qu’il donnait quelques bouteilles sans cacher son irritation.

Mai 1968

Des anciens camarades héritaient peut-être de quelques bouteilles, en souvenir de confrontations rugueuses avec les forces de l’ordre et de protections hasardeuses derrière des barricades, ces lanceurs d’alerte bien avant l’heure vociféraient à tue-tête : « attention, serviteurs de la république ! Coiffez-vous de vos casques à écoute, des pavés vous sont destinés. ». Ces révoltés de dernière heure remerciaient le précieux donateur, après avoir estimé que la réception d’un grand cru de l’année 1930, ce geste altruiste témoignait d’une amitié fidèle. Le maître de la dégustation n’osait avouer qu’il avait oublié de décoller le prix de la bouteille.

Cave à vin

Puisqu’on agit dans la démesure fictive, ne nous arrêtons pas en si bon chemin et retranscrivons cette farandole littéraire pour s’amuser, bien entendu. On imagine cette gauche caviar, et l’ancien rebelle retranché dans sa cave, les plaisirs solitaires en pleine évolution, le corps lié à la fatigue, c’est l’obligation de changer de plaisir, et dans la main c’est le verre qui se glisse, les secousses semblent inutiles, car le liquide réside déjà dans le verre. Quelques agitations suffisent pour exhaler ce parfum qui échauffe l’esprit, et le buveur averti expulsera cette boisson fermentée, mâchouillée, brassée, agitée dans une bouche de maître de la dégustation dans un crachoir estampillé par des initiales platinées. Le maître de la communication arbore un petit animal accroché à son tee-short, et l’observation rapprochée découvre une mâchoire aux dents dorées ; trois Rolex à chaque bras démontrent que l’homme d’affaires a réussi six fois sa vie, et il voyage, chaque montre étant réglée sur un fuseau horaire particulier. La précaution s'impose quand on lui demande l’heure de spécifier l’endroit pour éviter d’aller au lit et de se coucher, alors qu’en fait, les aiguilles de la pendule marquent midi. Le bruit d’un scooter faisait vibrer quelques bouteilles, un fonctionnaire de l’état arrive, devant l’ébahissement de cette contrée souterraine et dorée, il précise que sa compagne se révèle majeure et consentante depuis 1 mois…