
— La rédaction du « Retraité libre » a choisi pour traiter un sujet d’une telle importance, et aux abords périlleux, Arnold de la fourchette. Ce journaliste démontre un talent et une arrogance soutenue, qui le condamne à embrasser une carrière journalistique éphémère. Ce passionné de rugby est un joueur redoutable et redouté, et les adversaires qui l’ont affronté se souviennent de cet adepte du jeu frontal, pour la vie entière, et se rendent identifiables, car ils marchent avec une canne blanche. Il descend d’une famille d’aristocrates attachée à la franc-ovalie depuis plusieurs générations. Une éducation stricte accordait à ses ascendants la maîtrise de la technique du « plaquage sans ballon ». Les descendants n’ont eu de cesse d’améliorer ce geste défensif, et de le perfectionner, pour aboutir à une efficacité redoutable en l’exerçant par l’arrière. Ces joueurs du temps passé se vantent de n’avoir jamais bu une goutte d’eau, sauf si elle contenait la vie.
Le résultat des urnes a tranché et a désigné le nouveau président de la Fédération Française de Rugby. 52 % d’électeurs ont demandé à Bernard de prendre la porte.
La santé et la plénitude du rugby français dépendent du comportement des 48 % d’électeurs restés fidèles à leur ancien maître, si ceux-ci ne vont pas ourdir une intrigue destinée à projeter Florian sur le gril.
Le nouveau venu se présente correctement, il proclame haut et fort jusqu’à prendre un ton déclamant et persuasif, qu’il revendique des origines de vignerons — la communication oblige l’utilisation de ce mot pour toucher les paysans du rugby ; le mot « viticulteur » ne produirait pas un effet identique et occulterait la différence d’appréciation subtile entre l'industrie vinicole et la viticulture. Il cite ses laborieux ascendants afin d’adoucir l’impact négatif que produit l’assiduité à des études suivies à HEC (Hautes Études Commerciales), qui pourrait perturber les esprits du sud, en devenant interrogatifs sur les conséquences d’une gouvernance délogée dans la région francilienne. Il a servi au temps passé d'un ancien président, lui aussi adepte d’une école au sigle prestigieux HEC, mais à la sémantique évasive (Hautes Écoles Communales), formation reconnue pour développer l’instinct à dénicher un sélectionneur-entraîneur de l’équipe de France, quand il savoure son apéritif au café des sports du village. La nouvelle présidence venait juste de s’installer, qu’elle constatait une effraction de son système informatique. La cohabitation avec une majorité qui se lèche les babines à jouer le rôle de l’opposant, le commandant de bord va faire face à une mer agitée. L’espoir demeure encore que l’équipe de France de rugby gagne la prochaine coupe du monde organisée sur son territoire grâce à l’exclu. Sinon, les hurlements et les aboiements résonneront fort pour récrier que si Berny avait survécu… Rien n’apparaît plus dangereux qu’une bête blessée.
Le besoin d’égayer une atmosphère maussade et d’accorder un laps de temps à la détente littéraire incite à offrir gratuitement le poème, rédigé sur un ton pamphlétaire, écrit dans le chapitre « Rugby » du livre d'Arthur Firien : « Le chemin vers la liberté » (la version originale non publiée), qui retrace la genèse de ce sport en décrivant la situation actuelle et ses évolutions structurelles.
Un petit négoce de maigre valeur, pris en flagrant délit
Souscrit dans la naïveté, suivi d’être puni
Avoir la malice cachée afin d’écouter les conseils d’un avocat fiscaliste,ou d’un banquier d’affaires
Dénicher des malins affamés reconnus par la république, et éviter la galère
Adeptes des pratiques et des méthodes pour faire fructifier les gains
La certitude de bénéficier du pain pour le lendemain
Couverte par le voile de la légalité
Guidée par les préceptes de l’impunité
De se soumettre au partage du butin
De ne pas mécontenter autrui, apte à croiser le fer
Et rendre tout opposant prisonnier dans les mailles
Immobilisé à ne plus envisager de représailles
La volaille grogne, privée de butin
Le péril se rend aux aguets, si on épouse le fauteuil du radin
S'échiner dans la basse-cour à jeter des grains, sinon surviennent les pépins
Entendre les anathèmes dans sa chair, assénés à coups de gourdin
L’altruisme charitable invite à se répartir la ripaille
Sinon se dessine la pagaille
L’homme venu du désert, acquis à l’immense fortune
N’aurait point récusé d’arroser de quelques tunes
Une opposition frustrée d’être ignorée dans le partage du gâteau
Cette noble assemblée fédérait le Francilien, le Toulousain, le Toulonnais et le Biarrot
Aurait exprimé sagesse et dévotion, se ferait moine comme saint Bernard
N’aurait point crié au scandale, et n’aurait point claqué la porte
Comblé et ne plus envisager de déposer le bienfaiteur sur le gril
Cette bonté alléchée invitait à repousser toute attitude virile
Au reproche que des indésirables se maintiennent de telle sorte
Que ce conseil subsiste après de tels avatars
Pour l’ovalie pas de répit, en énonçant des accusations vindicatives
La majorité bousculée sur son trône, et acculée sur la défensive
En dénonçant le scandale de l’infâme respect des statuts, pour maintenir des corrompus
À se morfondre dans l’attente qu’une fédération avance dans des sentiers battus
Se retira en position de repli, écœuré par tant d’abus
Il ne restait plus qu’à choisir un nouveau chef parmi les élus
Continuer à écrire l’histoire d’une fédération
Saisir l’opportunité d’une malversation
Afin d’amorcer le changement, les mutins se berçaient d’une douce illusion
Un grand manitou avait décoré un club du sud de galons
Au discours flamboyant évoquait une économie parallèle
Ne fut point entendue, cette alarmante dénonciation
Trop de profit à engranger pour réduire l’oseille
À croire qu’en survolant les débats, on peut planer au-dessus des lois
La chute libre vous condamne à finir aux abois
Léo adepte de la provoc vomirait en montrant les crocs
Les valeurs du rugby tiennent dans mon froc