La famille de Tom avait rejoint une ville moyenne, concept théorique de classification révélé à la suite des travaux sur l’organisation urbaine. Cette cité bénéficiait d’une image positive en matière de qualité de vie, agréable et bercée par l’écoulement d’un fleuve paisible. La famille était logée dans un immeuble situé dans un quartier perché sur les hauteurs de la bourgade, la vue dominante de cet appartement accroché aux étages supérieurs offrait un spectacle charmant, à contempler la plaine environnante verdoyante. De son point culminant, Tom apercevait le vélodrome et découvrait qu’une compétition cycliste se déroulait, un critérium opposant les coureurs qui avaient participé au tour de France. Regagnant le bas de l’immeuble, les oreilles excitées par la clameur de la foule, il manifestait son désir de rejoindre l’enceinte sportive afin de satisfaire sa curiosité. La mère juchée sur son perchoir refusa et Tom fut choqué, frustré, un sentiment d’incompréhension l’envahissait au point de détester cette femme insensible, et elle ignorait les décisions susceptibles de lui procurer du bonheur. La mémoire enregistre des scènes de la vie particulière, utilisées à qualifier les relations entre les humains, associées à des idées, elles suffisent à porter des jugements. Cette piste, réservée au cyclisme, encerclait un terrain de football, un club y disputait des rencontres sportives et gérait une école pour l’apprentissage de cette discipline aux jeunes pousses locales. Tom n’avait jamais reçu une proposition d’inscription à cette association sportive, qui lui aurait procuré le bénéfice d’un double avantage, le développement physique renforçait son corps et la découverte d’un espace social varié. Sachant qu’un sport collectif vous oblige à côtoyer des individus qui ne seraient pas vos amis en dehors de cet espace sociosportif limité, par un manque d’affinités, et vise à former le jeune pour vivre plus facilement dans la société. Ces parents-là ne devaient pas beaucoup aimer le petit Tom, peu attachés à le rendre heureux et à lui donner une éducation indispensable afin de préparer son avenir d’adulte.

Tom avait disputé un match de basket et, à la suite d’un saut suivi du retour au sol alors que le déséquilibre affectait le corps, il se tordait la cheville ; il revenait au domicile à vélo avec difficulté, la jambe meurtrie souffrait d’une douleur aiguë, qui se manifestait à chaque coup de pédale. Arrivé à l’appartement, il montra l’articulation enflée à ses parents et reçut comme réconfort des reproches, surpris par l’union de ce couple dans cette désapprobation parentale. Ces infortunes, intériorisées, le feront progresser dans ses croyances. En première approche, il considérait naïvement que des parents devaient aimer sans conteste leurs enfants. Le doute commença à s’installer dans sa pensée que ce postulat ne se vérifiait pas systématiquement, prouvé par cette malencontreuse expérience. Il affectionnait de jouer le rôle du psychologue amateur, il naviguait dans les méandres de l’esprit et de l’âme, et cette expérimentation sensorielle favorisait une compréhension nourrie par l’observation. L’adolescence traverse une période de transition importante pour le jeune, et cause des tracas quotidiens aux parents, dont l’évolution de leur progéniture suggère des interrogations. Les dépenses financières augmentent en lui attribuant quelques monnaies pour qu’il puisse se divertir avec ses amis, acheter des disques musicaux et des livres, lui offrir un engin motorisé pour satisfaire ses déplacements. Des frais supplémentaires devenaient insupportables quand ils sont accordés à des êtres dont l’estime et l’attachement ne cessent de diminuer dans le temps. La personnalité s’affirmait chaque jour, en voie de prendre une posture d’adulte, peut induire une gêne au sein d’un couple désuni. La suite montrera la méthode utilisée indirectement afin d’évincer Tom de cette cellule familiale sans scrupules, bien que Tom y trouve aussi son compte en s’arrachant d’un marais apte à l’ensevelir dans une relation délirante, toxique et détestable.

La scolarité se poursuivait dans des classes de quatrième et troisième de l’enseignement secondaire et un diplôme récompensa ces premières études. Ensuite, ses parents se sont mobilisés à inscrire sa candidature à des concours, dont l’originalité caractérisait l’entrée dans des écoles d’enseignement technique spécifiques. Cet investissement humain couronné de succès aboutissait à un engagement dans une école technique gérée par l’État, située proche de la ville, à quelques kilomètres du domicile. La participation à deux autres épreuves s’honorait de réussite, mais cette école fut choisie, peut-être par le critère géographique de proximité qui permettait à Tom de maintenir le contact avec ses amis. Et cet exil permanent nourrissait l’espérance de quitter cette ambiance familiale délétère. Au concours d’entrée de cette école technique, Tom était arrivé en quatrième position par l’action heureuse d’un enseignant en dessin industriel de cet établissement. Cet homme totalement bénévole et altruiste l’avait instruit ainsi qu’un autre collègue aux rudiments des mathématiques, dans un cadre extérieur à une scolarité académique. La réussite à ces épreuves écrites prouvait que le bénéfice de cours particuliers concourt à l’amélioration des connaissances. Il ne versait aucune larme, pas d’émotions dramatiques lors des préparatifs de départ, que ce fut pour Tom ou bien ses parents, et l’instinct sacrait cette séparation d’un soupçon avantageux pour chaque camp. Pour le père, le calcul rapide et immédiat, en additionnant les économies des dépenses inhérentes à la vie d’adolescent et la recette des allocations familiales accordées, bien qu’il n’entraînât aucune charge de famille, démontrait que l’éjection de Tom du domicile promettait une profitabilité pendant cette période de privation de liberté. Le résultat positif de l’opération mathématique garantissait de pouvoir ingurgiter une quantité supplémentaire de litres de houblons, ou d’autres spiritueux, ces boissons fortes en alcool divertissant son âme en peine. Pour Tom, cet éloignement se réalisait sans saisissement, peu tourmenté, l’inconnu se dessina devant lui, il savait qu’il quittait les vestiges d’une jeunesse sacrifiée. Cette famille avouait son incapacité chronique à souffler la moindre affection et devenait un havre de solitude dans lequel chaque membre se complaisait à s’ignorer. L’habitude ne renforce plus les liens du sang, le néant se substitue au père, à la mère, à la sœur et au frère, tous se connaissent à peine. Cette communication anémique met en évidence que chacun ne songe plus qu’à soi quand la maison s’imprègne d’une atmosphère de recueillement, pesante, qui renforce un triste isolement. Le besoin se fait sentir de s’égayer ailleurs, ce à quoi le père s’adonnait à maintes reprises et abusivement.

En septembre, on rasait le bocal de Tom, l’habillait de la tête aux pieds et le revêtait avec une tenue uniforme bleue, aux frais de l’état et surtout du contribuable. Le futur militaire de carrière basculait dans une autre vie, obligé de suivre une scolarité dispensée durant deux années. Les recrues étaient regroupées par promotions dans un bâtiment aux formes oblongues, dix « arpettes » par chambre, deux rangées de cinq lits. L’état du sol de couleur pourpre, terne, ciré, astiqué, brillant, reluisant, était contrôlé régulièrement. Les lits disposés en paquetages s’alignaient dans la chambre pour la revue quotidienne, des engagés, ou des appelés de formation ingénieur ou des contractuels prodiguaient les enseignements. Les collègues sociables créaient une ambiance conviviale et studieuse, les séances de sport apportaient la vitalité au corps et le sentiment de liberté bénéfique dans cet enclos fermé et surveillé. Tom n’était pas plongé dans le désespoir, le collectif imposait sa force de cohésion, d’actions et de volonté. Le règlement de l’école autorisait les sorties, samedi, de 14 h à 21 h et le dimanche de 9 h à 21 h. L’engagé paternel venait chercher le fils, le samedi à 14 h, surgissait une voiture grise, et le ramenait ensuite à 21 h. La journée du dimanche, le taxi officiait à 9 h le matin et à 21 h en soirée pour le même rituel mécanique. Tom a des souvenirs obscurs de cette période, il n’osait plus sortir de l’appartement familial, et ses cheveux courts l’accablaient de honte. Les dimanches après-midi, Tom était immobilisé dans cette salle de séjour, les volets fermés pour restreindre les rayons du soleil enclins à éclairer ces parois intérieures. Une volonté macabre enfiévrait la mère pour assombrir cette pièce qui invitait au recueillement de cette jeunesse brisée, où régnait un goût de mort ambiante afin d’enterrer une adolescence naissante et volée. Il s’asseyait sur le canapé en compagnie d’une mère si peu communicative, et il regardait des émissions banales animées par un présentateur de télévision aux tempes grisonnantes. Tom ne rencontrait plus ses camarades d’école, très peu sa sœur et son frère, dont le souvenir d’une partie de baby‑foot surpris par le niveau technique affiché de celui‑ci, et saisi par une impression fugace de redécouvrir son semblable. De cette cohabitation passagère et inconfortable, il mûrissait un sentiment d’exclusion de sa famille, bien peu perturbée par cette séparation. Son chauffeur démontrait son inexistence, un fantôme insaisissable abonné aux absences récurrentes, dont il ignorait la raison et les motifs. Un collègue de l’école l’informait qu’il avait aperçu son père dans un bar, sans que son fils fasse le lien direct avec un alcoolisme chronique. Il devenait une pièce rapportée chaque week-end et il ne se sentait plus intégré dans cette famille, il avait la sensation qu’elle était plus sereine sans lui. Il se souvient de cette anecdote quand il était assis sur le canapé entre son frère et un chien, un petit basset agressif. La bête avait reniflé qu’il était un élément extérieur toléré, et qu’il n’était nullement accepté dans cet appartement qui regroupait des désespérés ; lorsque Tom touchait son frère, l’animal ronronnait méchamment, prêt à le mordre. La réminiscence des souvenirs entraînait une désaffection familiale : cette séance de tirage de tarots par le père toujours féru de choses intellectuelles. Il avait disposé les cartes sur la table, le reste de la famille se pressait autour de lui, afin de découvrir le résultat de l’interprétation du tirage et d’en savoir plus sur leur avenir. Tom se tenait en retrait et observait, ce rassemblement lui donnait l’impression d’une famille soudée, peu impactée par son absence, comme si celle-ci avait apporté une sérénité. Il se sentait rejeté par les siens et il comprendrait plus tard ce désintéressement prononcé par ses parents. En fait, c’était l’économie d’une bouche à nourrir, que motivait la volonté de choisir une école au coût de fonctionnement nul. C’était une opération financière malsaine, orchestrée par le père, intelligent, qui calculait rapidement pour convenir ce qui adviendrait à son avantage. Le gain total obtenu par les allocations familiales, bien que Tom n’accablât plus la famille de sa charge, et l’économie induite par la suppression des dépenses occasionnées pour répondre aux besoins formulés par un adolescent, justifiait le placement profitable de Tom dans cette école technique. Tom finira par comprendre et admettre l’erreur de penser, absorbé par la crédulité, que des créateurs pourraient bel et bien aimer leurs progénitures. Il constatait que cette bienveillance, il ne l’avait jamais ressentie. Cette impression prémonitoire confirmée par la suite lors d’une visite épisodique pour voir le père ancré dans son parcours de miséreux, recroquevillé dans un foyer de personnes âgées, lui dire directement et en toute bonne foi : « Toi, tu ne nous as pas coûté beaucoup ! ». Cette réplique pitoyable ne suscitera aucune émotion de regret, car il avait bien compris depuis longtemps le côté obscur du père. Ce constat le renforcera encore plus vivement dans le sentiment abominable que l’élimination du gêneur de ce cocon familial utopique résultait bien d’une opération crapuleuse programmée avec minutie. Cette époque malheureuse a poursuivi la phase de déstabilisation de Tom et la rupture familiale se produisit à l’âge de seize ans. Ensuite, Tom ne voulait plus revenir à la maison. Cette période restera la plus sombre de son existence, une souffrance secrète causée par cette adolescence avortée qui représentait une marche importante dont le franchissement permettait l’entrée dans la vie d’adulte. Il ressentait cette incomparable souffrance, ce déchirement atroce qui vous arrache la moitié de l’âme, cette plongée dans l’abîme de l’angoisse intrinsèque où vous perdrez vos forces de vies instruisait une fracture familiale, et décomposait l’esprit à susciter une haine intérieure et une déliquescence morale traitée dans une indifférence humaine. Bien que cette expérience soit cernée d’effets traumatisants, elle viendra compléter sa formation dans les aspects négatifs de douleur, détresse, isolement, déstabilisation, ces maux pouvant surgir de manière impromptue quand on devient citoyen. Le fruit de l’épreuve malheureuse atténuera les conséquences de ces troubles, cultivera une insensibilité par la construction d’une carapace propre à réduire toute dérive émotionnelle, et aboutira à l’adoption d’un comportement et une attitude âpres lors des confrontations futures avec autrui. Tom était éloigné et dispersé dans ce lycée technique militaire, il portera ailleurs l’amour de la maison paternelle, autant dire qu’il y rapportera l’habitude de n’être rattaché à rien, lui, son frère et sa sœur se connaîtront à peine. Ils pourront être fort polis entre eux, quand ils seront rassemblés en cérémonies, mais ils se traiteront en étrangers. Sitôt que les liens de l’intimité entre les parents se desserrent, sitôt que la société de la famille n’expire plus la douceur de la vie, la désillusion menace de recourir aux mauvaises mœurs pour y suppléer auxquelles le père avait succombé, depuis longtemps.

À la fin d’un cours de mathématiques, la classe vidée de ses élèves, Tom s’était effondré. Le professeur l’invectivait, il bafouillait qu’il comprenait, sans préciser sa pensée, et qu’il constatait que l’assiduité à son enseignement se réduisait au fil du temps. Une déconcentration imparable inférait cette conséquence prévisible, le cœur saignait de toutes les douleurs et corroborait un changement interne qui allait le propulser vers l’éclosion d’une nouvelle histoire. Quelques souvenirs rocambolesques s’amusaient à divertir l’esprit, tels que la pratique incontournable de « faire le mur » pour se rendre à la station balnéaire proche. Quelques collègues accompagnèrent Tom, et le groupe longeait les voies ferrées afin de rejoindre la gare pour prendre le train en direction de plages ensoleillées. Retour par le moyen économique de l’usage du « stop » ou bien par le train délaissé en marche après avoir ouvert les portes, Tom et ses amis sautaient vers le bord des voies ferrées à proximité du lieu de passage. Ils revenaient dans leur caserne, la peau bronzée, ce qui ne manquait pas de surprendre le surveillant-chef. L’urgence recommandait de dissiper la suspicion légitime, et rassurer l’autorité soupçonneuse, en expliquant que le terrain de sport, situé à l’extrémité des pistes de côté ouest, représentait le meilleur centre naturel de bronzage. Le rituel des marches nocturnes résultait du non-respect du silence exigé après 22 h, et le moindre chuchotement détecté s’ensuivait d’une ouverture de porte brutale. La sempiternelle invitation de promenade campagnarde se réitérait, précédée bien entendu d’un contrôle de paquetage où chaque aiguille était comptabilisée. Les supérieurs hiérarchiques ne manquaient pas d’improvisation et ils imposaient aux marcheurs noctambules, quelques tours de bâtiment au pas de gymnastique. Un camarade de Tom, las de répéter cet exercice physique intense et ridicule de tours de manège sans intérêt, salua la compagnie et plongea par‑dessus un buisson. Une bouche d’égout assurait la réception du bougre, derrière cet arbuste de délimitation, et le déserteur occasionnel y abandonna quelques dents en remerciement de ce chaleureux accueil. En fin de scolarité, les élèves choisissaient une spécialité selon leur classement, et Tom s’orienta vers l’électronique de bord, qui soulignait qu’il se hissait en position appréciable au palmarès final malgré le drame familial qui avait pris naissance.

La phase de spécialisation se déroulait dans une enceinte située dans la même région. Dans cette école de préparation au service technique de l’armée, un contrat de cinq ans le liait à l’entité formatrice, à compter de l’âge de dix‑sept ans. Tom baignait dans une confusion mentale invétérée, l’incapacité de se projeter vers le futur, et la rupture familiale consommée déclarait un retour improbable. Il entreprit une demande de résiliation de contrat qu’il transmit à son supérieur hiérarchique, conseillé par un collègue avide de prendre son envol pour retrouver la liberté. Celui-là, le gradé lui répondit calmement que ces périodes de doute étaient tout à fait compréhensibles et justifiées par la fébrilité de l’émotion suscitée de servir sa patrie avec honneur et courage. Mais ces égarements inopinés disparaîtront du crâne de Tom, après qu’il se réjouit de son transfert au bagne de Toulon, et que le cassage des pierres l’occupe pendant quelques mois. Tom retrouverait toute sa raison et sa lucidité, et le remercierait de lui avoir proposé ces quelques travaux pratiques afin de remettre l’esprit sur la bonne voie. L’appel de détresse se traduisit pour Tom par être regroupé dans des chambres avec d’autres collègues catalogués : « IRA » (Instance de Radiation de l’Aventure). L’envie de recouvrer la liberté s’emparait de tous. En rejoignant un soir sa chambre, un artiste en herbe avait anticipé cet affranchissement en décorant celle-ci ; les murs étaient repeints en vert clair et ce fond exposait de multiples fleurs éparpillées, égayaient cette tanière terne, et réjouirent cette petite communauté mise à l’écart promptement pour éviter toute contagion. Le commandement imposa un changement de couleur au décorateur amateur habile dans les créations fantaisistes, par la transition du vert au noir. En effet, ces parures intérieures éclectiques choquèrent les autorités supérieures et il regagna la prison surnommée « le trou » durant quinze jours. Après six mois passés à ruminer, Tom fut muté dans un centre d’essais en vol afin de rallier un service d’armement, après avoir subi un déclassement technique ; cette période provisoire agitée et trouble ne favorisait guère le terroir à y semer les germes de la connaissance et des études. Tom manifesta son désir de rejoindre le service mécanique automobile et cette requête fut acceptée. Un supérieur hiérarchique sympathique et un appelé dynamique responsable d’effectuer les travaux constituaient l’équipe, et une ambiance agréable régnait dans ce service technique. C’était la sécurité de l’emploi, des travaux d’entretien technique intéressants, liés à des risques quand le devoir exigeait l’intervention sur les sièges éjectables des avions de chasse. Cette population souscrivait à l’atteinte d’objectifs réalistes, elle échappait aux contraintes liées à des demandes de productivité insoutenable, ce rythme de travail modéré la rendait saine d’esprit, et la tranquillité d’une activité professionnelle relative à une période de paix la réconfortait. 

Cette période priva Tom de toutes les joies de la vie adolescente, et il portait les stigmates du profond désenchantement qu’il éprouvait quand il survivait dans ce milieu familial anxiogène. Il sera frustré de liberté et privé de rencontres avec des adolescentes en quête d’aventures amoureuses pour accompagner son développement personnel. Il reste que la phase de cette vie, courte, mais intense, lui octroiera un niveau scolaire de fin d’études secondaires. Cet environnement, bien qu’il soit fermé, lui conférera une ouverture d’esprit, favorisée avec la cohabitation de jeunes originaires de différentes régions, de valeur morale satisfaisante, qui n’étaient pas pénétrés par le vice et sans être atteints d’aspirations néfastes. Cette existence confinée, où la liberté était réduite, entretiendra un réconfort mental en découvrant l’homme non dépravé et atténuera les miséricordes subies par le passé. C’était le début de la construction d’un tremplin destiné à tourner la page d’une histoire chaotique sans aucun regret, en rompant avec le milieu familial devenu étranger, et emprunter le chemin vers la liberté.

Le père concrétisa ce furtif élan de bonté, et fit le plus beau cadeau à Tom en l’expédiant vers l’école de la vie. C’était un vaste établissement public d’enseignement d’ordre général, accessible à tous, et la soumission apparente à la phase obligatoire d’inscription évitait les contraintes de préciser son origine génétique et l’accomplissement des formalités d’une fastidieuse démarche administrative. Le moribond en perdition devra acheter un billet de train, partir sans se retourner, car le point de retour se rendra insaisissable dans cette échappée solitaire, et il sera catapulté avec force et énergie vers son destin. Il ne restera plus qu’à réaliser ce saut vers l’inconnu et à vous plier au verdict extériorisé par la sentence binaire intraitable, soit que vous réussissiez ou alors, que vous tombiez sans pouvoir vous relever. Effectivement, les embûches parsèmeront ce chemin pénible, le novice se cabrera pour infléchir cette destinée périlleuse qui le défie, et il se consacrera au travail et s’astreindra à une détermination féroce. Il déploiera une volonté sans failles pour se reconstruire et se féliciter pour la plus belle des récompenses, si la prise de risques se révèle salvatrice, et éviter de sombrer. À l’âge de dix-huit ans, Tom n’avait pas encore commencé à vivre, et il brûlait d’envie de rejoindre la société civile et de s’engouffrer dans le chemin de la liberté.