L’histoire de Tom déroule un parcours peu banal, marqué par une enfance malheureuse, ancré dans un contexte familial délétère, privé d’amour maternel et paternel. Les plaisirs offerts par cette nature si attachante et si généreuse pour produire une substance euphorisante qui réjouit son esprit, qu’il savoura jusqu’à l’ivresse, compenseront cet environnement malsain. Une véritable communauté paysanne s’obligeait au regroupement collectif afin de s’accommoder de la dureté inhérente aux tâches pénibles du travail agricole, à une époque où la vie sociale avait un sens dans ce village paisible et solidaire. Tom assistera avec regret à l’évolution de l’économie agricole matérialisée par l’industrialisation de la viticulture, accompagnée de son crime écologique. Les mains de l’homme aux commandes d’engins de plus en plus monstrueux, soulevant un frémissement à leurs approches, transformeront cette nature. Cette évolution ignoble défigurera un paysage devenu laid et entraînera des conséquences latentes que subiront les générations suivantes. La migration vers une ville de moyenne importance générera des relations plus riches, et la facilité pour le père de s’abreuver plus librement. Tom précipitera une rupture familiale dont l’origine est à rechercher dans une forme de rejet banal, motivé peut-être par des intérêts matériels dissimulés ou un complexe d’œdipe sous-jacent. Les plus bas instincts s’éveillent, quand la source amoureuse se tarit. L’intégration dans une école spécialisée, qui légitimait l’absence de liberté réelle, sera ressentie comme un vol de l’adolescence. Remis en liberté dès sa majorité, un passage rapide dans la demeure familiale, devenue étrangère, ne laissait présager aucune perspective à terme. Il ne restait plus que de se séparer de quelques biens afin d’obtenir un menu fretin et de fuguer en empruntant le chemin de la liberté. La naïveté, l’incertitude du lendemain, la solitude, un état psychologique désemparé produisant un trouble mental, Tom touchait le fond du gouffre, qui regroupait les accidentés de la vie, et il sera confronté à des débuts difficiles de sa vie téméraire. Ce nouveau parcours sera promis à intégrer le monde du travail, qui favorisera les contacts sociaux, et sera semé d’aventures et de mésaventures, et des rencontres diverses et des relations variées viendront l’enrichir. L’intensité des combats pour survivre animera cette vie professionnelle, et forgera la carapace de Tom en devenant un bon élève à cette excellente école, celle de la vie. Les évadés des camps de conditionnement formatés à exclure les désirs et les orientations particularistes, et indemnes de toute influence ne peuvent ignorer les désillusions et la dureté que procure cette société, et ces déconvenues dessineront un avenir sombre. Après les premières expériences professionnelles aiguillées vers des emplois peu qualifiés, Tom participa à des stages de formation pour apprendre des métiers techniques. Il prit conscience de ses capacités intellectuelles, et il décida de suivre un cursus diplômant en devenant un élève assidu à des cours du soir dispensés par le Conservatoire national des arts et métiers, tout en menant une vie professionnelle en parallèle. Cette période de vie astreignante produisit une fatigue persistante, mais elle permit de bénéficier d’une promotion sociale et de collaborer professionnellement avec les élites issues de grandes écoles. Tom adhéra à une organisation syndicale et il fut inscrit sur les listes des candidats éligibles lors des élections professionnelles. Il s’impliqua à assurer différentes fonctions au sein des instances de représentation du personnel telles que les comités d’entreprise, les délégations du personnel et les comités d’hygiène, sécurité et conditions de travail.

La découverte de la capitale exposera sa richesse culturelle, la diversité de son patrimoine, elle offrira des possibilités de progression sociale en fructifiant des rencontres, elle facilitera l’éveil individuel en acquérant des expériences. Tom goûtera au plaisir de vivre librement, affranchi de tout sarcasme familial, il appréciera le changement de catégorie professionnelle lorsqu’il intégrera celle des cadres, après être parvenu au rang d’ingénieur en informatique. Le fait d’accéder à cette strate sociale sera décisif, et nullement dans le sens de vouloir formuler la dichotomie simpliste en distinguant le travail manuel et intellectuel et valoriser ce dernier, mais par sa nature portée sur la réflexion intérieure consécutive à une vie décousue. Il se sentira plus adapté à baigner dans cet univers dominé par l’activité de l’esprit, et il s’épanouira au contact de personnes dotées de capacités intellectuelles qui soutenaient des opinions étayées par la culture, les connaissances, le raisonnement et la réflexion. Bien que cette confrontation avec des élites présente des risques, la volonté de se promouvoir ne peut conjurer l’atteinte de son niveau d’incompétence. Le choix de devenir mauvais parmi les meilleurs se substitue sans regret à la position du meilleur parmi les mauvais.

Afin d’éviter la « platitude » d’un récit banal, l’objectif vise à étoffer cette histoire, et de comprendre comment éloigner l’esprit de tout sentiment de haine, dans la mesure du possible. Cette aversion disgracieuse, inscrite dans un cadre psychologique pervers, génère des ressentiments négatifs à l’être humain, et selon l’intensité de l’aigreur, le contexte conflictuel peut glisser vers des hostilités d’ordre physique. Nous utiliserons un support intellectuel identifié par la méthode analytique qui préconise « la théorie du millefeuille ». Nous prendrons appui sur la vie et les livres de Jean‑Jacques Rousseau, particulièrement : « Les confessions I à VI et VII à XII » ; l’auteur revendique l’objectif que son œuvre serve de référence, de base et de support pour l’écriture d’autres biographies. Tom a découvert par hasard cet illustre écrivain en priorisant ses livres autobiographiques, dont la lecture force l’admiration et ne peut laisser insensible, car quand on a lu Jean-Jacques Rousseau, la confession devient un exercice difficile, comme dirait Gauguin. Membre d’une famille aristocratique d’origine française, il est devenu citoyen suisse et il a fugué à l’âge de seize ans, sa mère décédait un mois après sa naissance, et il souffrait de vivre sans amour maternel. Il évolua dans un cadre familial marqué par l’impuissance du père à assumer ses responsabilités familiales. Jean‑Jacques Rousseau arriva après les fermetures de la porte de la ville de Genève, et il refusa le modèle d’une vie stéréotypée par l’exercice du métier de graveur. Il décida d’emprunter la voie du vagabondage pour se libérer de ce maître atteint d’une dégénérescence programmée, et il découvrit la liberté et la confrontation à des aventures rocambolesques.

Jacques Nicholson sera l’autre personne digne d’attention, dont l’enfance est balancée dans un cadre strictement féminin composé de deux sœurs et de sa mère. Jacques aimait se faire remarquer, sans doute, pour bénéficier d’un amour certainement absent de ce cocon familial de prédilection. Lui aussi, il occupait son temps durant une saison à jouer le rôle du maître-nageur, jugé sur le perchoir de surveillance des nageurs, et il ne discerna pas l’avenir parmi ce panel d’idées que lui suggérait son esprit évasif. Il emprunta de l’argent à un ami, il loua une voiture afin de s’évader de son bled de culs-terreux, et il rejoignit une grande métropole. Un journaliste de type « Fouille-poubelle », spécialiste à renifler les sacs à scandales, mena une enquête, et ses investigations contribuèrent à annoncer à Jacques que la vérité révélait qu’une de ses sœurs était sa mère et sa supposée mère était sa grand-mère. Ce potentiel humain s’actualise grâce au secours des circonstances, parce que sans l’intervention d’une cause extérieure, il n’a pas donné à l’homme l’occasion d’évoluer. Cette appréciation rapportée à la fugue de Tom prouvait son sens, car une cause extérieure s’imposait pour que celle-ci se réalisât. La libération de ses obligations militaires et le retour dans sa maison, où Tom ressentit qu’il n’avait aucun avenir, déterminaient les motifs pour se perdre dans une séparation définitive. Jean-Jacques, c’était la fermeture des portes de Genève qui lui avait permis de mieux ressentir la rudesse de son maître graveur. Jacques assurait les fonctions de maître-nageur et de surveillant d’une plage situé sur le haut d’une chaise pour observer les baigneurs en regardant au loin la mer, et il n’avait pas perçu son avenir. Pour Jean-Jacques Rousseau, jeune homme expatrié, il se voyait réduit à la dernière misère et par les suites d’une étourderie, se trouvant fugitif en pays étranger sans ressource, il changera de religion pour obtenir du pain.

Si l’analyse démontre qu’une enfance est perdue, entraîne-t-elle inévitablement la conséquence d’un sort identique, au point que la vie devient perdue également ? Quelle autre vie hors de la « famille nation », célébrée à maintes reprises par les équipes gouvernantes, peut-on y substituer à la relation de sang ? La « famille‑temps » favorise la rencontre de personnes d’origines diverses, manifestant une relation de cœur, d’amitié, de solidarité telle que le montre le film du réalisateur japonais « Une affaire de famille » récompensé au Festival de Cannes. La vérité et ses vérités sous-jacentes interrogent sur l’utilité de cette recherche telle que Jacques Nicholson l’initiera en engageant plusieurs détectives afin de découvrir l’identité de son père. Cette quête d’informations présente un danger par les conséquences de déstabilisation, de souffrance et d’amertume, et rendrait plus souhaitable que l’imagination paisible se substitue à la réalité obscure. Tom succombera à l’influence morale d’un très grand « chanteur-poète-compositeur », Léo Ferré exprimant une sensibilité, une contradiction idéologique par la pensée utopique : « anarchie-richesse ». C’est le hasard qui conduira Tom à la connaissance de cet illustre artiste, par un chemin bien saugrenu, lors d’une visite dans une ville. Il découvrira que Léo Ferré et sa famille avaient vécu dans une demeure proche, entourés d’animaux. Cette période de vie s’achèvera par une symphonie dramatique dont Léo Ferré aurait pu être l’auteur. Le parcours de Tom suscite les réflexions sur la méchanceté de l’homme, cette déviance absente de la loi de la nature qui ne contrarie pas la simplicité naturelle des gens de campagne, au ton direct, sobre, abrupt, mais sans fard. Ce milieu rural rugueux et innocent s’oppose à celui des villes, ce grand désert du monde où chacun porte le masque pour afficher l’apparence physique que les autres souhaitent voir.

Nous développerons la réflexion afin de comprendre et d’éclairer le parcours de Tom par des regards croisés sur ceux de Jean-Jacques et de Jacques. Décrypter les instants de ces destinées atypiques, en y mêlant la fiction à des décisions circonstancielles prises avec promptitude, dont les inductions opèrent pour chacun un cheminement psychologique indéfinissable. Tout contexte entretient des incertitudes et entraîne que toute décision se révèle capitale et dépend de son état mental, des désirs cachés d’autrui, de la perception de son futur, et à ce titre, nous citerons l’exemple fondamental de Jean-Jacques. Dans un premier temps, l’apparente tranquillité de la demeure de l’ermitage située à Montmorency, qui peignait un cadre campagnard champêtre, séduisait l’écrivain. Madame d’Epinay, une amie aux origines aristocratiques, influente, distinguée par une culture mondaine et littéraire, fera aménager cette bâtisse. L’objectif combinait la séduction et la pression sur Jean-Jacques, pour le rendre disposé à accepter ce prêt, alors qu’il avait l’intention de retourner à Genève. Ce confinement champêtre et douillet, s’il offrait à l’esprit de s’évader et de se délasser par des promenades solitaires, impliquerait des conséquences par la suite, en particulier par son éloignement de Paris. Jean-Jacques a pourtant démontré de grandes capacités à comprendre l’anatomie des âmes, mais il n’a pas su détecter la réelle intention de cette dame. Cette organisatrice de réceptions mondaines fréquentées par des esprits brillants et grands maîtres de l’éloquence, animatrice influente, dès lors que la réjouissance littéraire avait pris fin, c’était la solitude qui déferlait telle une vague. Une explosion de tourbillons d’écume ennuyeuse, inondant cette grande demeure de nuages inquiétants, activait le mouvement perpétuel de désolation jusqu’à troubler l’esprit. Et c’est là que l’écrivain de compagnie logé à proximité intervient, en subissant ce tête-à-tête où ne prédomine pas la gentillesse, le fameux esprit éblouissant qui sublime l’art oratoire. Le déploiement de l’éloquence hautaine, peu crédible, qui aveugle des admirateurs stériles et bienveillants qui ne demandent qu’à l’être, sécrète une substance intellectuelle inhibitrice indissociable à acquérir si l’on souhaite s’afficher durablement dans les cercles mondains. Que serait devenu Jean-Jacques en rejoignant sa terre d’adoption ? Si l’influence française pouvait se manifester indirectement à Genève, le complot parisien dont Jean-Jacques supputait, le forçant à l’exil et à une vie errante, n’aurait pu prendre racine et germer avec autant de facilité. Dans ce territoire, les habitants différaient des Français par le peu de zèle accordé à la servitude. Jean-Jacques jugera que cette retraite et cette solitude édifieront un cadre propice à l’écriture, dont ses mémoires qui représentent une œuvre remarquable, alors que son exil vers Genève lui privait d’autant de prédispositions à la rédaction d’ouvrages littéraires. La transition s’opère en douceur vers l’amour-propre, calqué sur l’opinion publique, au contenu négatif, expression de l’ego en opposition à l’amour de soi-même. Ce dernier est le seul attachement à décider en fonction de sa personnalité, ce qu’on aime et aide à construire le futur, bien éloigné de l’autre amour à effet immédiat, peu circonspect et teinté de perfidie.

Le type d’écriture du récit est de nature rude et rugueuse, en cohérence avec la vie de Tom. Si le style n’est pas épuré en raison d’une culture littéraire insuffisante, l’écriture ne supporte pas d’influences issues d’autres références bibliographiques que celles évoquées précédemment. Elle s’accorde au fil conducteur du roman, assimilé à la vérité d’une vie. L’auteur admire l’époque des « Lumières » du dix‑huitième siècle et de ces récits philosophiques, provocateurs et pittoresques, jusqu’à braver l’intolérance des dévots, risquer l’emprisonnement ou subir l’exil, l’écriture se veut libre. En toute humilité, le profane en matière littéraire n’ose rivaliser avec le talent, le style flamboyant, et la maîtrise technique littéraire de ces grands écrivains de cette période historique, publiant des ouvrages aux idées modernes. La philosophie va ponctuer ce parcours émaillé d’incises philosophiques impertinentes, et l’auteur se montrera audacieux tel Voltaire, bien que l’intention ne vise pas à se comparer au maître littéraire, mais à s’évertuer à espérer une réussite modeste dans la composition manuscrite. Ce parcours haché éveillera les notions de protection, hasard, réflexions métaphysiques approchées de manière intuitive, et sans apporter de réponses probantes, tant les occurrences d’événements qui percutent toute vie de société inclinent les destins favorables ou défavorables. La réflexion sur le principe, qui guide l’écriture à élaborer un fil conducteur noué à un ordre logique de la biographie, s’évertue à aborder des sujets connexes et s’y rapportent de façon elliptique. Des thèmes retiendront l’attention, telle que la vie, la ville, l’aspect mental et son évolution, la sociologie par les mutations de type et de catégories de la population, et les changements structuraux de nature individuelle ou collective. La méthode préconisée ne repose pas sur une base chronologique, mais définit un cadre approprié pour schématiser des thèmes, afin d’étayer un parcours de vie particulier dans son déroulement, en y apportant un mélange des genres. L’observation sociale s’écarte d’une description idyllique, mais se délecte d’une lecture mélodramatique de la relation établie entre les individus. Dans le but de diluer cette approche qui relève de l’affection et de la sensibilité, cette métamorphose est diffusée dans une harmonie compatible avec les influences d’une société matérialiste. Cette hégémonie systémique dicte sa dérive intemporelle, chacun recherchant le développement à profusion de ses propres intérêts. La composition littéraire se prive de fiction et se définit par une approche discursive, le lecteur est projeté dans des scènes qui reflètent la réalité, perturbé par des émotions palpables en parcourant le roman. Les objectifs de ce livre se déterminent à susciter l’espoir. Éviter l’impudeur de répandre le désarroi et la tristesse ou d’écrire un scénario mélodramatique malveillant. S’abstenir de s’apitoyer dans une mesquinerie insipide, et baver une moralisation hypocrite.

Le cinéaste Claude Chabrol, issu des milieux aisés, a analysé avec une simplicité et une précision ces castes sociales d’une façon remarquable. Il observe ces strates aux privilèges accordés par les droits de naissance et il cherche à comprendre comment ils assoient leurs dominations, comment ils tirent sur les ficelles aux échelons les plus élevés du pouvoir. Les gens aisés montrent un masque, ils emploient du personnel de services, des serveuses, des gouvernantes auxquelles le maître doit présenter un déguisement. Nous nous laisserons séduire par l’approche « Chabrollienne » et analyser en peu de mots le milieu des couches basses de la société, pour appréhender comment elles se satisfont de leurs sorts, soit par ignorance ou naïveté. Elles se contentent de leurs existences sommaires, nous tenterons de comprendre pourquoi elles peuvent rester dans cet état‑là et se faire dominer avec autant de facilité. Les manques de connaissances et d’instruction en représentent certainement les causes, et l’assujettissement à la servitude gomme tout espoir de vivre autrement. On peut chercher à expliquer pourquoi les couches basses ne se rebellent pas et s’immobilisent dans un statut peu enviable. L’objectivité soutiendrait qu’elles n’écrivent pas par méconnaissance de la langue, ou par l’ignorance du contact tactile avec la matière d’un livre, et ces conditions ne les prédestinent pas à écrire. La réunion de famille afin de rechercher une sécurité toute relative, ne marque-t-elle pas ce regroupement symbolique par sa personnalité imposante et constante ? Et qu’un conformisme héréditaire domine ce rassemblement, et ne préfigure pas à exciter une quelconque rébellion individuelle. La réalité de la publication littéraire révèle que de nombreux livres retracent les histoires relatives aux couches dominantes que composent l’aristocratie et la bourgeoisie. La bonne grâce d’aristocrates intéressés alimente ces écrivains, et leur fournit les moyens pour subsister, qui leur accorde le privilège du temps de l’écriture. Ils étaient figés dans cette situation de dépendance matérielle, et ne pouvaient se montrer que bienveillants dans l’élaboration et la conception de leurs manuscrits. Le siècle des Lumières du dix-huitième siècle consacrera un mouvement européen porté par de grands auteurs, et des écrivains tels que Jean-Jacques Rousseau s’opposeront à la philosophie prônée par leurs contemporains. On observera les faits historiques de l’époque ancienne, très ancienne, lorsque des peuples d’Afrique du Nord s’aventuraient vers l’est et conquéraient jusqu’à Constantinople. Ces aventuriers utilisaient les esclaves comme monnaie d’échange afin de posséder la main-d’œuvre pour assurer le développement économique. Certains esclaves bénéficiaient de statuts fort honorables dans la mesure où ils pouvaient manger à la table du dominant et être considérés comme des membres de la famille. L’esclavage du quinzième siècle témoigne de son atrocité par la preuve historique : lorsque les Portugais organisèrent une expédition pour récupérer de l’or mis en service par des pays africains en développement, ceux-ci ramenèrent dans leurs filets non des pièces d’or, mais des êtres humains. Ces captifs, à peine arrivés au Portugal, ils furent montrés à des notables et les arrachements des mères et des enfants aux hommes offrirent un spectacle inouï qu’aucun film d’horreur, aujourd’hui, ne peut décrire. Les traqueurs insidieux devaient expliquer ces atrocités aux curieux décontenancés, en disant que ces hommes étaient dépravés, qu’ils étaient des sauvages, et dont le sort infligé à ces victimes était justifié en corrélation avec leurs états de nature. L’objet analytique se propose d’examiner l’intrication des influences réciproques, tenter de comprendre, éclaircir les effets des déterminants qui régissent la relation de domination qui s’impose à l’homme, par l’analyse de la vie tourmentée de Tom. Chaque fois que l’homme s’englue dans des contextes hostiles et agités par un sentiment vif de rébellion, nous verrons que la société qui extériorise son autorité peut engendrer des conséquences de réactions de l’individu isolé ou intégré dans un groupe. Quand celle-là ourdit une trame d’enchaînement de différences subies et infligées avec brutalité, alors le malheur s’abat sur celui qui devient une victime. L’œuvre ne propose pas une étude savante et ne se glorifie pas d’une description subtile, mais uniquement d’une réflexion qui évite une méthode rigoureuse, seulement pour exprimer des considérations simples, qualifiées d’authenticités et de sobriétés.

Montaigne a dit que l’admiration amène à la philosophie, c’est ce que Tom a expérimenté en lisant les romans : « Les confessions I à VI et VII à XII » de Jean‑Jacques Rousseau. Aborder la philosophie par la petite porte et assumer sa propre philosophie de la vie. Comprendre le déroulement de son enfance, éclairer le type de relation tourmentée avec ses parents et analyser le lien amoureux pathologique qui reliait ces deux êtres. Symbolisée par le précepte du vieux philosophe, la sagesse stipule : « explore-toi toi-même ». L’absence de prétention évite la tentation de ressembler à un érudit distingué, et l’écriture se soumet à la modestie pour énoncer quelques raccourcis de pensée littéraire et se contente d’utiliser un droit fondamental estimé comme la plus belle des inventions humaines : « la liberté d’expression ». L’insolent croulerait sous les menaces des accusations de trahison et de divulgation d’informations à l’ennemi et succomberait à une prise de corps, pour avoir mécontenté le prince. La sanction proposerait le choix de l’emprisonnement ou l’exil, ce qui décernerait une terrible récompense conquise par l’admiration de ces illustres écrivains. Ces hommes de lettres méritent le repos dans le temple des grands hommes, où la patrie reconnaît ses plus fidèles serviteurs. Le roman cite les classes sociales, aristocrates, bourgeoises, paysannes, populaires, et s’autorise à les égratigner d’un discours satirique innocent. Souvent dans la comédie, le valet apparaît plus subtil et plus actif qu’un maître insipide, et entre les dominants et les dominés, ce serait l’inverse.

La préface se nourrit du désordre duquel émerge une vérité, et c’est en prolongeant ce chaos littéraire que nous aborderons la lecture d’un roman jugé essentiel dans la genèse de la culture américaine. La lecture du livre « Sur la route » de Jack Kerouac est intervenue après l’écriture de ce roman, et le récit des péripéties de cette aventure renforce l’idée de l’enfance perdue, en y joignant les faits des expériences vécues. Le décès de ce grand frère dès l’âge de neuf ans perturbait l’enfance de Jack, alors que lui n’avait que quatre ans. La rencontre de Neal Cassady insuffla un rythme endiablé à cette vie dissolue, un personnage énigmatique, crapuleux, cinglé, débordant de vie dont les éclats de fulgurance travestissaient son image naturelle au point de le considérer tel un être brillant. Ces deux naufragés traversaient l’espace-temps miséricordieux, assombri par la chape d’une nostalgie commune du malheur. En effet, Neal Cassady perd sa mère à l’âge de 10 ans, échoue auprès de son père qui devient un clochard alcoolique et délinquant, responsable d’innombrables méfaits qui l’enverront derrière les barreaux, à de nombreuses reprises. Neal Cassady était obligé de quémander la libération de son père auprès du juge, et s’évertuera à le chercher par la suite avec désespoir, dans des endroits maussades où les carcasses humaines désintégrées et mortes depuis une éternité s’écroulent, élaborant une investigation chimérique. Ces deux êtres, personnages atypiques, viennent nourrir la réflexion de l’idée subjective de « l’enfance perdue », développée laborieusement, mais qui rend impossible à ne pas admettre la vérité du malheur associé à la vie et nommer ces êtres égarés de « Damnés de Dieu. »

Jack Kerouac en retrait, sensibilité accrue, observation incessante de l’âme, être différent des autres, féru d’activités intellectuelles pour fuir une réalité domptée par les réminiscences du passé. Cette description allégorique spirituelle dresse le portrait de personnes meurtries condamnées à se compromettre dans le vide de la vie, telle que les cendres d’un feu dont les éclats ne cessent de décroître. L’appétence commune vers les études de Jack et Tom, ne simule qu’un alibi destiné à calmer un trouble intérieur enraciné dès l’enfance ; cette nostalgie du malheur produit différents êtres, à la sensibilité exacerbée, obligés de se recroqueviller souvent en position de retrait du groupe. Des parcours déroulés à un rythme effréné, et des recherches ésotériques entreprises afin de se connaître diffèrent dans leurs réalisations de l’esquisse des problématiques relative à l’instabilité. Un mouvement sous-jacent obscur inspire ces deux inadaptés à leur époque, terriblement énergique, mais ils se confondront à souffrir régulièrement d’une cohabitation spontanée avec leurs contemporains. 

Après consultation de ce roman culte « Sur la route » de Jack Kerouac, véritable apologie d’une forme d’écriture moderne, afin de se libérer du carcan d’un formalisme culturel rigide, on pourrait discerner des similitudes apparentes et communes. Les occurrences d’événements extérieurs néfastes causent le trouble intérieur, entraînent un déluge de questions métaphysiques et la recherche de la connaissance de soi et la découverte de l’authenticité. Ces causes sont agrégées et elles produisent à coup sûr l’envie et le désir de trouver des réponses à ces interrogations, et elles actionnent le déclic du départ vers la voie inconnue, enveloppé dans un flot d’incertitudes. C’est ainsi que Tom découvrira sa vraie personnalité, il sera impliqué dans des confrontations épiques, et émergera de ces conflits un tempérament combatif associé à une force mentale, aiguisé par le franchissement singulier des étapes de l’évolution enfantine. Le conflit lui enseigne à prendre conscience de ses limites, mais lui apporte l’acuité pour cerner celles des autres opposants, en ignorant leurs rangs, car toute humanité emporte sa propre fragilité à travers l’éternité. La compréhension que la violence et la haine accompagnent tout combat et ne s’opposent pas à la stratégie et à la tactique, mais se complètent et se combinent alternativement au dessein de créer une allégorie descriptive de férocité. Les caractéristiques d’un signe astral des gémeaux, fécondant un être à double personnalité, ses contemporains n’apercevaient que l’être doux et rassurant. Celui qu’on invite certainement pour distraire un quotidien monotone et usant, ces hôtes ne verront pas l’autre facette d’un enfant curieux, l’esprit associé à une intelligence en construction.

La fugue et la route ont en commun à satisfaire la dualité, à s’engouffrer vers l’inconnu, afin de se connaître soi-même et les autres. Découvrir la société et les hommes, établir des relations bordées par des ondulations formées par les turpitudes incessantes et mouvementées du destin libre, et soumettre la vie à virer de bord et se mettre à gîter. Si l’espoir de toucher le Graal démystifie la signification de l’authenticité, ces expériences construisent des êtres humains. Ils cesseront de rêver au mythe de la liberté universelle, mais adopteront les vérités de la réalité qui clame son spleen qui colle à la peau. Ils baigneront dans une vie qui échappe à la dissolution intrinsèque pour converger vers la stabilité et savourer une tranquillité d’esprit, par l’éloignement des réminiscences du passé, tout en se transportant à vivre plutôt que se poser indéfiniment la question : « pourquoi vivre ? ».

Le roman composé d’épisodes dialogiques et de narration de fictions, si ces aspirations résultent de la volonté de l’auteur, trouve leurs places, non par le désir de produire une diversité littéraire. En effet, ce qui intéresse le lecteur n’est pas tout le fait en lui-même de déclencher une émotion, mais c’est l’exclamation que celui-ci recherche. Ces écarts didactiques produisent une amplification de ces clameurs soudaines. Ces envolées aventureuses, palpitantes et rocambolesques vers l’infini, décrites dans un style exalté, engendrent une métamorphose de l’être, telle une larve qui se débarrasserait de son enveloppe pour devenir un papillon et savourer la liberté. Cette transformation intérieure, entretenue par le mouvement de l’errance, conduit l’esprit à jubiler devant l’exploration extérieure d’un monde inconnu.

La quête vers l’expérience, véritable tremplin vers un changement d’existence, expose au profane des déconvenues lors de cette traversée de l’imprévu, et elle nécessite d’adopter la solution qui évite cette instabilité chronique. C’est la transition entre l’abandon du rêve bordé de mysticité et l’acquiescement de la découverte de la réalité, alternant l’obscurité et la joie. Ces changements de contexte enrichissent l’individu confronté à des épreuves, telles que des éruptions volcaniques brutales et non déterministes ; ils entretiennent des métamorphoses accentuées par le mouvement inscrit dans la perpétuité bidimensionnelle de l’espace et du temps. Tel que dit si bien Jack Kerouac : « la ligne droite mène vers la mort. ».

Ce récit détient le fil conducteur du déroulement de l’enfance de Tom, la succession d’épisodes, les séances d’observations attachantes, car elles révèlent son souci de vérité, de sincérité dans l’attitude. Une biographie ne se résume pas à une fiction, pas la composition d’une intrigue abstraite et secrète. Le style peut paraître inélégant, lorsqu’on s’efforce d’écrire avec le cœur, il vous vient en tête des réflexions. Quand l’imagination s’enflamme de tant d’images et que l’esprit se délecte de tant de souvenirs, alors l’expression devient incomplète, insuffisante, heurtée et rude. La volonté d’échapper à la monotonie d’un récit linéaire et conventionnel se manifeste par le mélange des genres et l’excitation des imaginaires, conservez la cohésion du récit, et éviter de traiter le sujet avec parcimonie. L’érudit jugera la réalisation éventuellement imparfaite et estimera la conception osée. Ce livre constitue un travail sur soi afin de faire la connaissance de soi. Les thèmes connexes intégrés dans la présentation d’un tableau raccourci, elliptique et fidèle d’autant d’injustices, ouvriront les yeux de quelques personnes peu instruites et toucheront des cœurs bien faits. Ce roman schématise l’entrelacement entre un parcours de vie et des morceaux d’histoire, tissant un lacis cohérent et surprenant dont les éléments se relient par le fil de la compréhension et de l’analyse. C’est une œuvre protéiforme qui refuse de se laisser enfermer dans des cases restrictives, mais demeure accessible. L’exploration sociale, certes limitée, apporte une âme naturaliste à l’expérimentation constamment présente dans la narration, bien que ce mouvement soit considéré sans lendemain, et oriente le sens littéraire à promouvoir un autre style d’écriture. Le récit offre surtout une réalité au sens dramatique, triste et comique, et cette misère incomparable dépend de la contingence définie par la laideur du désespoir et le verbe abrupt. C’est une vie particulière, Tom est un être particulier, par déduction logique et corrélation avec ce postulat, ce récit ne peut être affecté que d’un style libre et d’une structure particulière. La fugue et l’écriture ont en commun l’élan de liberté, et elles s’accommodent d’un prix à payer afin de jouir de ce sentiment tout en nourrissant l’esprit d’une substance qui produit le germe de l’épanouissement. La poésie est abordée dans un style simple et ludique, exprimée dans un cadre déréglé, et ne sollicite pas le jugement impitoyable d’être classé dans les catégories de deuxième ordre ou commerciale. L’altérité des expériences conduit à transcrire son âme plutôt que raconter une histoire, et la vivacité d’exclure l’empêchement amorce l’oscillation infernale entre le jugement rationnel et l’effervescence émotionnelle.