La genèse du livre « Le chemin vers la liberté » se décline en 4 points :
- L'idée de la fugue.
- Le rapport avec le lecteur.
- L'extension de l'idée de la fugue.
- L'objectif du roman.
1) L'idée de la fugue
La notion de fugue se rapportait à raconter un parcours atypique dans son déroulement, inconvenant, insouciant, illustré d’aventures et de mésaventures. Ce désir volontaire oblige à plonger dans le vide de l’inconnu, et l’esprit excité par la curiosité éveillée glisse vers la plénitude pour découvrir la vie, la société et ses hommes. Cet événement majeur, engagé dans une issue qui interdit tout retour frileux au point de départ, s’inscrivait davantage à fuir les personnes qu’on détestait, et à regretter les proches qu’on aimait. Éviter une dégénérescence morale inéluctable, sinon de succomber à une paresse dévastatrice et sombrer par la désintégration de son intériorité, qui reste fragile quand l’inaction négative est appliquée à l’espèce humaine. Les conflits, les changements de conditions, l’éveil de l’esprit, l’intégration sociale par le travail agrégeaient des faits de vie. L’idée de raconter cette histoire personnelle semblait digne d’intérêt, en espérant susciter une attention spécifique pour des lecteurs enlacés dans les mailles d’environnements anxiogènes. La pensée initiale se proposait de décrire la période qui se situe après la fugue, telle que cette nouvelle vie paisible de retraité qui autorise la liberté d’écrire, m’y invitait.
2) Le rapport avec le lecteur
Le manque de connaissance et de pratique de la langue française révélait un sérieux handicap et pouvait remettre en cause cet élan vers la création littéraire. Cette faiblesse littéraire entretenait la culpabilité, non pas de ressentir l’appréhension de subir une critique corrosive, mais la crainte de générer une souffrance aux lecteurs potentiels. La contrainte du temps consacré à l’écriture empêchait d’entreprendre une formation aboutie à la langue de Molière. Je devais trouver un compromis et répondre à l’obligation de définir une solution adaptée — sans vouloir revendiquer le statut honorable d’un écrivain talentueux et reconnu — à la réalisation du projet.
L’objectif visait à écrire un livre sans prétention, mais utile pour le lecteur qui souhaite s’adonner à une nouvelle vie. Cette satisfaction matérialiserait un retour sur investissement pour des personnes qui disposent de revenus modestes, dont l’achat du livre nécessite un effort financier. L’idée de l’utilité n’épouse pas l’orgueil et la vanité de donner des conseils, mais permet à chacun de retenir les informations qui se révèlent profitables à la lecture des expériences citées. L’écriture de cette histoire atypique ne résulte d’aucune manière d’une entreprise à caractère financier — privilège accordé à la réalisation de ce projet —, et se fixe comme priorité d’éclairer les esprits égarés.
3) L'extension de l'idée de la fugue
L’idée de départ de raconter le parcours après avoir endossé l’habit du fugitif a forcé le regard, en déplaçant le curseur temporel vers ce dimanche de novembre 1975 ; ce jour symbolique de libération familiale mériterait une célébration solennelle. L’effet immédiat fit jaillir le souvenir du couloir de la mémoire oublieuse, qui me dévoilait à entrer dans cette gare d’une grande ville du sud-ouest, et dormir une première nuit dans cette salle d’attente en tant qu’homme libre, pour protéger mon corps de la rigueur des températures hivernales. L’émotion inondait le papier et paralysait l’esprit au mutisme qui s’abandonnait à la confession triste de la fuite, et se posait la question essentielle et centrale : « Comment en étais-je arrivé à une telle situation individuelle désespérante ? ». Je n’existais plus, j’avais en poche de quoi assurer une autonomie de 2 ou 3 jours, j’étais seul, la naïveté me poursuivait comme un ombre, j’avais rompu le lien familial. La motivation transfigurée à l’obsession conduisait à essayer de comprendre, analyser et identifier les éléments qui avaient construit la dérive d’un destin incertain. Le livre ne se focalisait plus sur le récit d’un parcours, mais devenait le roman d’une vie.
4) L'objectif
La modestie et l’humilité s’adjugent à éviter la perfidie et l’impudeur de promouvoir la compassion, la pitié et la reconnaissance. C’est la relativité d’un parcours, conditionné à être jugé par rapport aux malheurs qui s’épanchent dans le monde avec insistance, et considérer qu’un enfant marchant innocemment sur une mine antipersonnel, aura aussi une autre vie de miséricorde.
Ce livre décrit le combat âpre pour survivre, la motivation de progresser dans le secteur professionnel, le désir de s’instruire, l’assiduité au travail, et finit par réveiller ce qui sommeille depuis trop longtemps dans notre intériorité profonde : l’espoir. Si l’homme est souvent responsable lui-même de ses désordres et de ses maux, il peut être aussi le responsable de l’accomplissement d’une vie guidée par l’espérance. Quand l’espoir s’envole, la vie s’éteint, ce n’est plus qu’une apparence.
Ce livre évoque la déclaration et l’identification à proclamer l’espoir dans sa vertu et sa noblesse, et agite l’esprit à comprendre que pour modifier son statut social, le citoyen doit se consacrer intégralement en mobilisant le corps et l’esprit à l’action. Toute attitude passive, qui s’évertue à goûter à la paresse et à l’inaction, qui apprécie le goût à se morfondre et à s’apitoyer collectivement dans des réunions régulières stériles, qui vomit la tristesse de son sort, ne fait que prolonger cet état de souffrances vers une miséricorde qui s’ajoute à une misère manifeste. L’expression verbale du désenchantement se rend audible, que si elle anticipe toute volonté aiguillée sur la voie, qui hisse l’espoir de vivre des jours meilleurs.
